ACTE QUATRIEME
Ohl que j'aurais voulu pouvoir tout te dire! Oh I combien de fois j'ai commencé l'effroyable aveu!... Je n'ai jamais eu assez de courage, Pierre : j'ai toujours eu peur de ta colère et du mal que je te ferais... Je te voyais si heureux!...
ETCHEPARE.
Tu es revenue de là-bas, sortant du vice, sortant de prison, et tu m'as choisi pour dupe...
YANETTA.
Ohl penser qu'il croit cela, mon Dieul
ETCHEPARE.
Tu m'as apporté les restes d'un escroc !... les restes d'un escroc!... et tu as volé, dans ma maison, la place d'une honnête femme... Ton mensonge a attiré la malédiction de Dieu sur ma famille et c'est toi qui es la cause de tout... Le malheur qui vient de nous frapper, c'est toi qui en es la cause, jeté dis! Tu es une pestiférée, une maudite, une damnée!... Ne me parle plus! Ne me parle plusl
YANETTA.
N'auras-tu pas de pitié, Pierre? Et crois-tu donc que je ne souffre pas?
ETCHEPARE
Si tu souffres, tu l'as mérité! Tu ne souffres pas assez encore... Mais moi, qu'est-ce que je t'avais fait pour que tu me choisisses pour ta victime?... Qu'est-ce que j'ai fait pour endurer ce que j'endure ?... Tu m'as rendu lâche ! tu m'as abaissé presque jusqu'à toi : je devrais être déjà arrivé à te chasser de ma tête et de mon cœur? Et je ne peux pas! Et je subis une torture atroce... car je souffre dans l'amour que j'avais pour toi... Toi!... Tu as été tout dans ma vie, depuis di.x ans... Tu as été tout, tout !... Et je n'ai plus maintenant qu'une espérance, c'est d'arriver à l'oublier!
YANETTA.
Pardon!
Jamais! Jamais I
ETCHEPARE,
YANETTA.
Ne prononce pas ce mot-là... il n'y a que Dieu qui ait le droit de dire : jamais... Je rentrerai dans ta maison; j'y serai seulement la première des servantes... la plus humble, si tu veux!... je ne reprendrai ma place au foyer que lorsque tu me le diras...
ETCHEPARE.
Nous n'avons plus de maison. Nous n'avons plus de foyer... Nous n'avons plus rien! Et je te répète que c'est ta faute... et que c'est parce que tu t'es assise, à la place de la mère, de ma mère, toi la menteuse et la sacrilège, que le malheur est tombé sur nous !
YANETTA.
Cela, je te le jure, je t'amènerai à l'oublier à force d'humilité, de dévouement et de repentir... Et n'importe où tu iras, je te suivrai... Pierre, réfléchis, tes enfants ont encore besoin de moi...
ETCHEPARE.
Mes enfants! Je ne veux plus que tu les voies, je ne veux plus que tu leur parles, je ne veux plus que tu les embrasses, je ne veux plus que tu les touches!
YANETTA, changeant de ton..
Ahl ahl çal ah! non!... Ça, les enfants! ça, tu te trompes! Ah! ah! non! Que tu me prives de tout, que tu me condamnes à toutes les hontes., que tu me forces à mendier mon pain, je veux bien! Que tu ne me regardes pas, que tu ne me parles que pour m'injurier... tout, tout ce que tu veux... Mais, mes enfants!... mes enfants, ça, c'est à moi... ils sont sortis de mon ventre, ils font encore partie de moi... et toujours, toujours, ils seront pétris