ACTE DEUXIEME
aussi vaniteuse que vous le pensez... Allons, adieu. Si c'est un pari que vous avez fait, vous l'avez perdu. Au revoir.
Elle rit et veut sortir.
VALENTiN sALviAT, l'arrêtant de la voix et avec force. Georgette.
GEORGETTE
Monsieur I
VALENTIN SALVIAT.
Je ne suis pas homme à plaisanter ainsi... Encore une fois, vous le savez. Et vous voyez bien que je ne plaisante pas. Je vous répète ma demande : voulez-vous être ma femme?
GEORGETTE
Ces choses-là ne se disent pas aux jeunes filles, monsieur, mais d'abord à leurs parents.
C'est possible. Moi, c'est à vous que je m'adresse, et je vous supplie de me répondre. D'ailleurs, ni votre père, ni votre mère...
GEORGETTE
Vous savez bien qui les remplace. Mais puisqu'il faut que je croie que vous parlez sérieusement, — car vous n'auriez pas mêlé le souvenir de mon père et de ma mère à une plaisanterie — c'est donc sérieusement que je vais vous répondre. Celle qui sera votre femme, monsieur, ne doit ressembler en rien à la jeune fille toule simple que je suis.
VALENTIN SALVIAT.
Si vous étiez autre, je ne vous aimerais pas.
GEORGETTE
Vous vous trompez alors, et il est heureux pour vous et pour moi que je ne me trompe pas avec vous. Votre femme devra être préparée au rôle qui lui est destiné
5ë LES BIENFAITEURS
dans la société. Moi, je ne saurais pas le tenir, et vous seriez bien vite las d'une provinciale ignorante et timide.
VALENT IN SALVIAT.
Ah ! Georgette ! Si c'était la seule raison de votre refus !..,
GEORGETTE
N'est-elle pas suffisante?
VALENTIN SALVIAT.
Je déteste le monde et n'aspire qu'à l'isolement. Il sera aussi complet que vous le désirerez.
je lie suis pas la femme qu'il vous faut.
VALENTIN SALVIAT.
Je sais bien que si... mais, sans doute, mon âge vous
effraie.
GEORGETTE, évasîvement.
Ohl
VALENTIN SALVIAT.
Ou plutôt... vous m'avez mal jugé. Vous me croyez brutal et sans cœur... Si jamais vous consentiez à... vous verriez, Georgette, combien de tendresse renferme ce cœur qui n'a jamais aimé. Je vous en prie, laissez-moi continuer. Vous me croyez insensible au spectacle de la misère. Vous vous trompez... D'ailleurs, c'est vous qui auriez le soin de faire la part des pauvres, et elle serait aussi large qu'il vous plairait.
GEORGETTE
J'ai cru, en effet, pendant un moment, que vous étiez égoïste. Maintenant, je sais que cela n'est pas.
VALENTIN SALVIAT.
Pourquoi donc me repoussez-vous?
GEORGETTE
Je ne veux pas me marier.