ACTE DEUXIEME
PIERRE
Pourquoi m'as-tu cédé, si tu ne m'aimais pas ?
CHARLOTTE
Tu l'as déjà demandé.
PIERRE
Réponds...
CHARLOTTE
Tu voudrais m'entendre avouer que j'ai été séduite par ton beau physique ou par ta situation. Non, mon petit. Si tu m'as eue, c'est que, lorsque je t'ai rencontré... c'était la morte-saison.
PIERRE
Pendant le chômage, tu avais besoin d'une compagnie?
CHARLOTTE
Pas même. D'un porte-monnaie.
PIERRE
Pour tes rubans?
CHARLOTTE
Pour mon pain.
Alors, tu devrais avoir pour moi de la reconnaissance.
CHARLOTTE
Est-ce par bonté que tu m'as prise ?
PIERRE
Qui me dit que tu ne me mens pas ? Tu m'as toujours menti.
CHARLOTTE
11 a bien fallu... Depuis le début, ça a été indispensable... Tiens... la première fois que tu m'as parlé, je t'ai dit que j'avais déjà eu un amant. C'était faux.
PIERRE
Tu ne peux te résoudre à dire la vérité, même quand elle t'est favorable.
J7.S LES IIANNETOxNS
CII A HLOTTE.
Je t'ai affirmé que j'avais déjà eu un amant, parce que les hommes pratiques comme toi ne veulent pas qu'on puisse leur reproclier, plus tard, d'avoir été le premier. ■ Ça leur fait peur. Un, d<'jà, m'avait refusée parce que j'avais eu la sottise de lui dire que j'étais sage. Être le second ou le troisième, ça les tranquillise : ils y voient d'avance une excuse pour le lâchage prévu. Le mensonge, c'est la seule défense des femmes.
riER RE.
Tu as fait pis que de me mentir. Tu m'as trompé, je le sais.
CUARLOTTE.
Oublie-le.
r I E It R E .
Je ne peux plus : toute la maison le sait aussi.
CHARLOTTE
Tu veux bien être trompé : tu ne veux pas être ridicule.
l'IERRE.
Peut-être.
CHARLOTTE
Voilà ce que tu appelles l'amour.
IM E n R E .
L'amour... C'est du propre, ce que nous en avons fait.
Parle pour toi.
PIERRE
Pour nous deux... Penser que nous nous disions cela et que, cette nuit encore...
r, II A R LOTTE.
Oui, nous nous disions : t Je t'aime »...
IM BIIR R.
On dit : e Je t'aime >) et on n'aime que soi. {Après vu