ACTE DEUXIEME
PIERRE
Eh bien, il faut croire que ce n'est pas suffisant.
CHARLOTTE
Non, et c'est même étonnant comme on peut être des étrangers tout en couchant ensemble.
PIERRE
Alors, il vaut mieux nous séparer.
CHARLOTTE
Tu en parles bien souvent. C'est donc sérieux ?
PIERRE
Tu veux me lâcher. {Subitement.) Tu vas te marier ?
PIERRE
Je suis trop vieux maintenant.
CHARLOTTE
Alors, tu me quittes simplement parce que tu as assez de moi. Tu vas prendre une autre maîtresse. PIERRE, avec éclat.
Ah ! non, alors !
CHARLOTTE, VCxée.
Insolent!... Voilà le cas que tu fais de moi. C'est tout ce que je vaux pour toi!... Ah ! si je m'attendais à celai... Et pour quand, cette séparation?
PIERRE
Mon Dieu, le plus tôt sera le mieux.
CHARLOTTE
Aujourd'hui?
PIERRE
Ou demain...
CHARLOTTE
C'est trop fort.
PIERRE
Aujourd'hui serait préférable.
Depuis cinq ans que nous nous connaissons, depuis un an quf" nous vivons ensemble, voilà i'araour que tu as pour moi!
PIERRE
Toi, m'as-tu jamais aimé seulement?
CHARLOTTE
Eh bien, cette fois, tu ne m'accuseras pas de mensonge : non !
PIERRE
Je veux espérer que tu mens encore.
CHARLOTTE
Jamais, pourtant, tu n'as eu une si belle occasion de me croire.
PIERRE
Pourquoi m'as-tu cédé, alors?
CHARLOTTE
Ah ! je t'en prie, ne me force pas à parler sérieusement.
PIERRE
Tu n'en es pas capable.
CHARLOTTE
Non.
PIERRE
Tu sais ce que valent les femmes qui se donnent sans amour.
Non, mon vieux, non I Pas de phrases, pas de mélo, pas de tragédie... Notre petite histoire ne peut pas être tragique... Et pas de grands mots, ils ne seraient pas à leur place ! Tu me feras peut-être rire, tu me feras peutêtre pitié : tu ne me feras pas peur.