‹ Théâtre completChapitre 13 sur 241 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

LE DOCTEUR

Vous en évitez un plus grand.

l'avarié, metlant sam ostentation deux louis sur le bureau et reprenant ses gants, sa canne et son chapeau, en se levant.

Je vais réfléchir... Je vous remercie, monsieur le docteur... Je reviendrai la semaine prochaine, comme vous me l'avez dit... probablement.

Il va pour sortir.

LE DOCTEUR, se levant.

Non. Je ne vous reverrai pas la semaine prochaine, et même, vous ne réfléchirez pas. Vous êtes venu ici sachant ce que vous aviez, vous êtes venu me demander des conseils avec l'intention de n'en tenir compte que s'ils étaient conformes à votre désir. Une superOcielle honnêteté vous a poussé à courir cette chance de mettre votre conscience à couvert. Vous avez voulu avoir quelqu'un sur qui rejeter, plus tard, les conséquences de cet acte dont vous entrevoyez la culpabilité... Ne protestez pas. Beaucoup de ceux qui viennent ici pensent et agissent comme vous pensez et comme vous voulez agir. Mais le mariage, fait contre ma volonté a été, le plus souvent, une telle source de calamités, que maintenant j'ai toujours peur de n'avoir pas été assez persuasif, et il me semble que je suis tout de môme un peu la cause de ces malheurs. Je devrais pouvoir les empêcher, car ils ne se produiraient pas si ceux qui en sont les auteurs savaient ce que je sais et avaient vu ce que j'ai vu. Jurez-moi, monsieur, que vous allez rompre ce mariage.

l'avari k.

Je ne vous le jurerai point, monsieur le docteur. Je ne puis que vous répéter : je vais réfléchir.

Réfléchir à quoi?

l'a V AR I É.

A ce que vous m'avez dit.

LE DOCTEUR

Mais ce que je vous ai dit est vrai. Vous ne pouvez me faire d'objections nouvelles. J'ai répondu à celles que vous m'avez présentées. Donc, votre conviction doit être établie.

l'avarié.

Mon Dieu, monsieur, vous avez deviné juste en pensant qu'avant de vous venir voir je m'étais un peu renseigné. D'abord, est-il bien certain que j'aie le mal dont vous me croyez atteint? Vous l'affirmez et c'est peut-être vrai.]\Iais les médecins, et les plus savants, se trompent quelquefois... N'ai-je pas entendu dire que votre maître Ricord avait soutenu qu'à une certaine époque le mal n'était plus contagieux. Il a prouvé son affirmation par des exemples. Aujourd'hui vous produisez de nouveaux exemples pour dire qu'il avait tort. Je veux bien, moi! Seulement j'ai bien le droit de réfléchir... Et si je réfléchis, je m'aperçois que tous les maux dont vous me menacez ne sont que des maux probables. Malgré votre désir de m'efTrayer, vous avez bien été forcé de me dire qu'il était possible que mon mariage n'ait aucune conséquence fâcheuse pour ma femme.

LE DOCTEUR, QUi sc Contient à peine.

Continuez, je vous répondrai.

l'avarié.

Vos remèdes sont puissants, me disiez-vous, et pour que surviennent les catastrophes que vous m'annonciez il faudrait que je fusse parmi les rares exceptions que vous constatez et que ma femme encore fût au nombre de ces mêmes exceptions rares. — Si un mathématicien appliquait à ces données le calcul des probabilités, le résultat de son opération exprimerait certainement par un chifl're

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