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ACTE PREMIER

MARGUERITE

Eh bien! madame, dites à M. Logerais qu'il me laisse tranquille,

Qu'il vous laisse tranquille ?

MARGUERITE

Oui, madame. Vous m'avez comprise. Je ne demande pas mieux que de travailler et même de rester pour fermer... Seulement, je ne veux pas être seule avec M. Logerais.

MADAME LOGERAIS

Ma chère enfant, vous comprenez bien que depuis trente-quatre ans que je suis mariée et que j'occupe des ouvrières, ce n'est pas la première fois que j'entends de pareilles plaintes. Je n'en suis ni plus fière ni plus heureuse, je vous en réponds. Il m'est arrivé de faire des scènes de jalousie à mon mari. Le résultat c'est qu'il a failli abandonner son enfant et sa maison pour s'en aller avec celles qui étaient l'objet de ces scènes. Depuis, je sais que mes reproches seraient inutiles ou dangereux et je m'abstiens. Il faut donc, chez moi, qu'on se défende soi-même.

MARGUERITE

Ou que l'on cède pour éviter le scandale ou le renvoi.

MADAME LOGERAIS

L'on n'évite pas le renvoi si l'on a cédé. Je vois plus clair que je ne veux en avoir l'air, et la meilleure des employées commet assez de fautes pour me fournir le prétexte d'un congé sans que j'aie à lui en donner le vrai motif.

MARGUERITE

C'est monstrueux.

MADAME LOGERAIS

Mon enfant, si vous pouviez voir le fond de moi-même,

et vi vfiu- >avit'7. l'-s lariiK'!- que j'ii carlu^ps. vous parlerit-z aulr rn nt. M.ii.-< j'ai connu Ir'-p «l'inlrigint's «-l «lelfrontt'cs qui n'avaient d'.ulri' but que »le me prendre ma place, ici, pour que mon ctpur ne soit pas enHurci. Je me défends comme je peux et du mieux que je peux.

MARGUERITE

Tant pis pour les vraies victimes.

MADAME LOGERAIS

Qu'elles s'en prennent aux vraies coupables, ce sont celles-là qui m'ont faite ce que je suis. Dure, je le veux bien. On l'a été pour moi plus que je ne pourrai l'être pour les autres.

MARGUERITE

Mais, moi, madame, je suis digne de votre estime.

MADAME LOGERAIS

Les plus dangereuses de celles que j'ai eu <à combattre, avaient, par hypocrisie, l'altitude même que vous avez peut-être par vertu.

MARGUERITE

Peut-être?...

MADAME L 0 G i. R A I s .

Eh ! oui, peut-être...

MARGUERITE

Vous êtes sans bonté.

MADAME LOGERAIS

Dans un sens, c'est vrai... Maintenant, je vous en ai assez dit. Je n'en ai pas confié autant à tout le monde. Mtis vous m'étiez sympathique et à tout hasard, je vous devais cette explication.

MARGUERITE

Qu'est-ce que je vais faire?

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