ACTE PREMIER
ANDRÉ
Mais non.
LOGERAIS
Si. Mademoiselle Chéron. Son mariage est rompu. Cent mille francs de dot.
ANDRÉ
Peu m'importe. Tu as déclaré toi-même que je ne devais pas me marier avant d'avoir trente ans.
J'ai changé d'avis. Tu es fait pour te marier jeune.
ANDRÉ
Alors, pourquoi m'as-tu empêché d'épouser mademoiselle Clémence Radety.
LOGERAIS
Je ne te connaissais pas.
ANDRÉ
Ah! très bien...
LOGERAIS
Ce n'est pas en dînant ensemble une fois par hasard les jours de sortie que je pouvais t'apprécier.
ANDRÉ
Il fallait ne pas m'imposer l'internat, tu aurais eu le loisir de me connaître avant de modifier ma vie selon ta volonté. Je t'ai cédé, cette fois-ci je résiste : jamais je n'épouserai mademoiselle Chéron.
LOGERAIS
Toi aussi, mon fils. Toi aussi, tu es contre moi.
ANDRÉ
Je ne suis pas contre toi, je suis contre l'idée d'épouser mademoiselle Chéron, voilà tout.
LOGERAIS
Une raison : je te demande une raison. Mais une bonne, n'est-ce pas?
272 LA PKTITE AMIE
Je t'en donnerai trois. Elle est laide, bëte et méchante. LOGBR A i.s, se levant.
Allons : il faut que je retrouve des forces... J'en retrouve toujours lorsque mon devoir est en jeu... Il faut que je fasse ton bonheur malgré toi, mon fils...
Écoute, père. Ne discute pas. Ma volonté est bien arrêtée. Jamais je n'épouserai mademoiselle Chéron, eut-elle cent raillions de dot...
LOGERAIS
Tu l'épouseras, et je vais te dire pourquoi.
ANDRÉ
Non. Je t'en prie, ne parlons plus de cela. Tu es fatigué.
LOGERAIS, animé.
Je ne suis pas fatigué.
ANDRÉ
Mais si, toi-même, tout à l'heure...
LOGERAIS
Je ne le suis plus. Tu épouseras cette personne parce que jamais, tu m'entends, jamais, tu ne retrouveras un aussi beau parti. Pour le moment d'ailleurs, je te demande très peu de chose : je te prie d'être aimable avec elle, de lui faire un doigt de cour. Ce n'est pas difficile, cela?
ANDRÉ
Non. Je n'irai même pas ce soir chez les Duramet, cela tranche tout.
Qu'est-ce que tu dis?
ANDRÉ
Je n'irai pas chez les Duramet.
LOGERAIS
Je t'ordonne d'y venir.