ACTE DEUXIEME
MADAME LOGERAIS
Mais c'est exactement l'histoire d'AdoIphine et du petit Perrin.
LOGERAIS
Exactement.
MADAME LOGERAIS, à André,
Adolphine, une assez jolie petite brune, avec un œil qui louchait un peu et un grain de beauté sur la joue... Tu te rappelles? Moi, je la vois encore comme si elle était là... Adolphine avait un amoureux, un employé du Printemps, je crois... ou du Louvre? Non, non, je ne me trompe pas, il était bien au Printemps, à la ganterie... Elle se trouve... comme ça : elle fait de l'œil au fils du patron, au petit Perrin...
LOGERAIS, c André.
Le petit Perrin marche, naturellement...
MADAME LOGERAIS
Naturellement!
LOGERAIS
Il a été sur le point de l'épouser?
MADAME LOGERAIS
Gomment, s'il a été sur le point de l'épouser!... Son père et sa mère, deux crétins, ont consenti, par peur du scandale, et les bans étaient publiés...
LOGERAIS
Je ne me rappelle pas ce qui a empêché le mariage?...
MADAME LOGERAIS
Ce qui l'a empêché?... La fiancée a eu le tort de mettre au monde un bébé parfaitement constitué, et cela avant la noce, en dehors de la période de temps qui pouvait encore faire illusion au petit Perrin.
ANDRÉ, éclatant en sanglots.
• Maman! Maman! Tais-toi, je t'en prie, tais-toi!
MADAME LOGERAIS, très élonnéc.
Mais qu'est-ce que tu as?
LOGERAIS
Qu'est-ce qui te prend?
MADAME LOGERAIS
C'est l'histoire du petit Pcrrin qui te met dans cet étatlà?... Mon enfant, tu es troublé, tu es érau, nerveux... Je le comprends. Mais ce n'est pas en ce moment que tu peux t'arréter à une décision... que d'ailleurs rien ne nous oblige à prendre immédiatement.
ANDRÉ
Pauvre petite!... Je l'aime! Si vous saviez comme je l'aime.
LOGERAIS
Bien entendu, tu l'aimes!
Et tu veux l'épouser?
ANDRÉ, sans énergie.
Est-ce que ce n'est pas mon devoir?
MADAME LOGERAIS
C'est possible. Nous allons réfléchir... Nous sommes d'honnêtes gens n'est-ce pas? Et si nous reconnaissons que ton devoir est là en effet, ce n'est pas nous qui t'empêcherons de l'accomplir, quelle que soit notre tristesse, car nous avions rêvé pour toi un autre avenir... Enfin!... Mais tu n'attends pas que nous te disions « oui > là tout de suite. Il faut que nous nous renseignions, que nous nous consultions ton père et moi... Va dans ta chambre. Nous t'appellerons.
ANDRÉ, à lui-même.
Je suis un misérable!
MADAME LOGERAIS
Ne te monte pas la téte...CaUne-toi... Va dans ta chambre.