ACTE DEUXIEiME 3i
prétends pas qu'elle n'a pas de chagrin, un gros chagrin. Mais elle est raisonnable et forte.
ANDRÉ
Mais moi je ne veux pas la quifterl Mais je l'aime!
LOGERAIS
Tu l'aimes, je n'en doute pas. Tout le monde a aimé une femme avant de se marier; cela n'a pas empêclié chacun de rompre avec plus ou moins de douleur, d'en épouser une autre et d'oublier.
ANDRÉ
Je veux la voir, je ne peux pas croire qu'elle se soit ainsi résignée...
LOGERAIS
C'est la vérité cependant.
ANDRÉ
Mais je ne puis pas l'abandonner comme cela!
LOGERAIS
Veux-tu donc être plus exigeant pour elle qu'elle ne l'est elle-même? Elle a reconnu que tu ne lui avais pas menti, que tu ne lui avais pas promis le mariage et qu'elle t'avait cédé de son plein gré. Elle ne t'accuse pas et ne t'adresse aucun reproche.
MADAME LOGERAIS, à son mari, légèrement.
m tu as fait ce que tu devais faire?
Son avenir est assuré pour deux ans.
Regard de madame Logerais à «on fils.
ANDRÉ
Quand même elle aurait, elle, le courage de se sacrifier ainsi, moi je n'ai pas la force de l'imiter...
LOGERAIS
• Mais encore une fois vous n'ignoriez pas l'un et l'autre
en vous aimant que cet amour aurait une fin... Tu ne l'as pas prise en pensant que tu prenais la compagne de toute ta vie... Un peu plus tôt ou un peu plus tard vous deviez en arriver à vous quitter. Ne nous parle donc plus de ton amour...
ANDRÉ
Supposons que j'accepte de n'en plus parler. Parlons de ma responsabilité.
LOGERAIS
Puisque Marguerite ne réclame rien.
MADAME LOGERAIS
Puisque nous l'avons mise à l'abri du besoin!
, ANDRÉ
Alors votre conscience est tranquille?
LOGERAIS et .MADAME LOGERAIS.
La mienne, pas.
MADAME LOGERAIS
Qu'est-ce que tu aurais voulu qu'on fasse de plus?
ANDRÉ
Si je le savais!... (Se prenant la tête dans ses mains. Presque à voix basse.) Pendant cinq ans j'ai étudié les livres des moralistes et des philosophes, j'ai lu ce que les plus grands cerveaux ont conçu; je suis là, avec, dans ma pauvre tête, le chaos de la pensée humaine, et je ne sais quel est mon devoir en face des premiers événements graves de ma vie.
LOGERAIS
II est d'intérêt général que le fort ne soit pas sacrifié au faible.
ANDRÉ
Oui, oui... je sais... j'ai lu cela... J'ai lu aussi le con-