MARGUERITE, LÉONTINE
LEONTINE.
Qu'estrce qu'il va faire?
MARGUERITE
Je ne sais... pleurer peut-être. J'ai peur qu'il ne redevienne comme il était lorsqu'il a eu enfin l'idée de s'adresser à Maurice. L'espérance lui avait rendu le calme, nous étions redevenus heureux.
LEÙNTINE.
Redevenus? il te faisait donc souffrir?
MARGUERITE
Oh ! ce n'est pas sa faute, le pauvre chéri t Mais il était
si découragé. Personne ne peut deviner ses chagrins et ses déceptions. Dans une Revue où il était parvenu à entrer comme rédacteur, on le forçait à faire « la place t pour des annonces. Il a essayé, le malheureux... il était trop timide, il n'a pas réussi, naturellement!... Qu'est-ce qu'il va faire! Quelles e.xtravagances, quelles folies vat-il imaginer encore?... Tiens, un matin — il avait passé la nuit à écrire, il m'avait dit qu'il avait un travail pressé à terminer, — je l'ai trouvé endormi sur une lettre qu'il voulait envoyer aux journaux et dans laquelle il disait qu'il allait voler pour passer en Cour d'assises... Puis il parlait politique... il disait des choses comme celles qu'on met dans les livres... il ne sait pas que je l'ai lue cette lettre, et il ne m'en a jamais parlé... Une fois qu'il a écrit, il se figure avoir agi... [Un grand soupir.) Ahl mon Dieu!
L É 0 N T I iN E .
Il ne faut pas qu'il se décourage et il ne faut pas, loi, le décourager.
MA U GUERITE
Moi, je suis à bout de forces. —
11 est possible que dans quelques jours, demain peutêtre, il reçoive une réponse favorable à une de ses nombreuses demandes.
MARGUERITE
Je n'y compte plus... {Avec un grand abattement.) Ahl je suis lasse I Qu'est-ce que nous allons faire? Il nous reste assez d'argent pour manger jusqu'à demain.
Justement je voulais l'offrir... Tu sais quej'ai une petite bourse à moi.
MARGUERITE
Merci! Tu es bonne! mais je ne pourrai pas lui cacher