SCENE IV MARGUERITE, ANDRÉ, puis MADAME ERNEST
MARGUERITE
C'est moi qui suis la cause de tout. C'est à cause de
moi que tu ne peux pas gagner ta vie. Je fais ton malheur, je brise ton avenir. André, il faut nous quitter ! A N 0 n É .
Tais-toi 1
MARGUERITE
Il faut nous quitter, André.
ANDRÉ
Ne me parle jamais de cela, tu m'entends, jamais. Je ne commettrai pas cette lâcheté. Demain j'irai trouver mon père. Je lui demanderai de nous aider, de me donner du travail ou de l'argent.
MARGUERITE
11 refusera.
S'il refusait, j'irais trouver des usuriers^ mais il ne refusera pas parce que, s'il le faut, je lui montrerai la lettre que j'avais écrite il y a déjà quelques jours et que j'enverrais aux journaux. Écoute, je vais te la lire. (// lit.) « Je commettrai demain un acte de révolte contre la société,\ un vol, et je saurai l'entourer de circonstances telles qu'il faudra méjuger au grand jour de la Cour d'assises... » MARGUERITE, avcc force.
Non, André, tu ne feras pas cela.
ANDRÉ
Écoute! écoute!... {Il lit.) « ...J'ai vingt-trois ans. H y a dix-sept ans que mes parents, mes maîtres et mes professeurs surmènent mon pauvre cerveau et me gavait de leurs paroles et des phrases de leurs livres jusqu'à l'étouffement. Je suis la victime de leur routine, de leur ind>fférence et de leur orgueil. Mais puisque je vais payer de mon bonheur les erreurs des uns et le despotisme des autres, on me reconnaîtra bien le droit de jeter ce cri de détresse et de vengeance ! Lorsque mon père lira celte lettre, Une me comprendra pas, il m^ reprochera , et non sans apparente raison, la faiblesse de mon caractère, mon