ACTE TROISIEME
LE MÉDECIX.
J'ajouterai, pour éviter toute discussion, que même, si j'étais libre, je vous le refuserais encore.
LE BEAU-PÈRE
Parce que ?
LE MÉDECIN
Je me reprocherais de vous avoir aidé à obtenir ce divorce.
LE BEAU-PÈRE
Alors, parce que vous professez telles ou telles théories, parce que l'exercice de votre profession, en vous faisant le témoin constant de semblables misères, vous a rendu insensible ou sceptique, il faut que ma fille continue à porter toute sa vie le nom de cet individu!
LE MÉDECrN.
C'est par intérêt pour madame votre fille que je vous résiste.
LE BEAU-PÈRE
Un intérêt qui se manifeste de cette façon !... LE MÉDECIN', très doux.
Dans la surexcitation où vous êtes, monsieur, vous allez probablement m'injurier avant cinq minutes. Cela ne me troublerait pas, j'en ai vu bien d'autres. Mais vous devez comprendre pourquoi je refusais tout à l'heure de vous suivre sur ce terrain. Puisque j'ai commis la faute de m'y laisser entraîner, je dois vous donner la raison de mon attitude. Vous me demandez an certificat afin de prouver au tribunal que votre gendre est atteint de syphilis ?
LE BEAU-PÈRE
Oui.
LE MÉDECIN
Vous ne réfléchissez pas à ceci: c'est qu^eu même temps, vous attesterez publiquement qu& votre ôUea été exposéeà la contagion... Avef un tel aveu, aveu officiellement
bO LES AVARIES
< nr pislp'' dnns le? Hnssiers des avocats, croyoz-vous u li li-.m .M f i. h • ni I ^'• reinirier plu- t.ird.'
LE BEAU-HÉKK.
Elle ne se remariera jamais.
LE DOCTEUR
Elle dit cela aujourd'hui. Pouvez-vous affirmer qu'elle le dira encore dans cinq ans, dans dix ans... D'ailleurs, vous ne l'obtiendrez pas ce divorce, puisque je vous refuse le certificat qui serait la preuve nécessaire.
LE BEAU-PÈRE
J'aurai d'autres moyens d'établir cette prouve. Je ferai examiner l'enfant par un autre médecin.
LK DOCTEUR
Vous trouvez donc que cette pauvre petite n'est pas encore assez mal partagée, à ses débuts dans l'existence? Elle a une tare physique. Vous voulez y ajouter un certificat de syphilis congénitale qui la suivra toute sa vie?
LE BEAU-PÈRE
Alors, les victimes seront frappées, si elles cherchent à se défendre! Alors, la loi ne me donne aucune arme contre celui qui, sachant son état, prend une jeune fille saine, confiante, innocente, la salit du résultat de ses débauches, la rend mère d'un pauvre petit être dont l'avenir est tel que ceux qui l'aiment le plus ne savent s'ils doivent faire des vœux pour sa vie ou pour sa délivrance immédiate! Cet homme a infiigé à celle qu'il a épousée la suprême insulte, il l'a rendue victime du plus odieux attentat. Il l'a avilie. U lui a pour ainsi dire imposé le contact avec la fille des rues dont il lui a transmis la tare. U a créé entre elle cl cette femme à tout le monde, je ne sais quelle mystérieuse parenté. C'est le sang empoisonné de cette prostituée qui empoisonne son enfant et qui l'empoisonne elle-même. Cette