ACTE TROISIEME
tfpature abjecte, elle vit, en nous, elle est dans la famille e'. il Ta fait asseoir à notre foyer. 11 a souille l'iinagin.itioii et la [Mnsee de ma pjiuvre petite comme il a souillé sot corps et il a lié a jamais, dans son esprit, l'idée de l'amour qu'elle avait placé si haut à je ne sais quelles horreurs d'hôpital. Il l'a atteinte dans sa dignité et dans sa pudeur, dans son amour et dans son enfant; il l'a frappée de déchéance physique et morale. Il l'a comme inondée de bassesses. — Et la loi est ainsi, et les mœurs sont \ telles que cette femme ne peut se séparer de cet homme ' qu'à l'aide d'un procès dont le scandale retombera sur \ elle ou sur son enfant I Eh bien, je ne m'adresserai pas à ^ la loi. Depuis hier je me demandais si mon devoir n'était pas d'aller trouver ce monstre et de l'abattre d'une balle dans la tête, comme on fait d'un chien enragé. Je ne sais quelle faiblesse — quelle lâcheté — il n'y a pas d'autre mot — m'avait retenu et m'avait décidé à m'adresser à la loi. Puisque la loi ne me défend pas, je me ferai justice moi-même. Sa mort sera peut-être un bon avertissement pour les autres.
LE aÛDECir^f posant son chapeau.
Vous passerez en cour d'assises.
LE BEAU-PÈRE
Et je serai acquitté.
LE MÉDECIN
Oui! Mais après la révélation publique de toutes vos misères. Le scandale sera plus grand, le malheur sera plus grand, voilà tout. Et qui vous dit que le lendemain de votre acquittement vous ne verriez pas se dresser devant vous un autre juge, plus autorisé et plus sévère; qui vous dit que votre fille, comprenant sa détresse que vous auriez faite définitive, prise enfin de pitié pour celui que vous auriez tué, ne vous demanderait pas impérieusement de quel droit vous auriez agi, de quel droit vous
auriez fait une orpheline, qui, elle aussi, pourrait un jour exiger des comptes I
L K B E A u-p 12 n E , parlant avant que le médecin ail fini. Alors, qu'est-ce que je dois faire?
LE MÉDECIN, immédiatement .
Pardonner.
Silence.
LE BEAU-riîRE, San S énergie.
Jamais !
Mais, enfin, monsieur, pour être aussi indexible, ôtesvous donc bien certain qu'il n'a pas dépendu de vous, à un moment donné, d'épargner à votre fille la possibilité d'un tel malheur?
LE BEAU-PIÎRE.
Moi! Il aurait dépendu de moi... J'aurais une part de responsabilité...
LE MÉDECIN
Eh oui, monsieur! Lorsqu'il a été question de ce mariage, vous vous êtes certainement informé de l'état de fortune de votre futur gendre; vous avez demandé qu'on établisse devant vous que son rapport était constitué par de bonnes valeurs, cotées à la Bourse, vous avez aussi pris des renseignements sur sa moralité; vous n'avez oublié qu'un point, le plus important, c'est de lui demander s'il était en bonne santé. Vous ne l'avez point lait.
LE BEAU-l'lîRE.
Non.
LE D 0 c T i; U R .
Pourquoi?
LE BEAU-PÈRE
Parce que re n'est pas l'usage.
LE DOCTEUR
Eh bien, il faudrait que cela devînt l'usage, et qu'un