ACTE TROISIEME
LE BEAU-PÈRE
Peut-être, mais je ne puis pourtant pas dire cela à ma fille, pour la décider à retourner avec son mari.
LE DOCTEUR
Vous lui donnerez d'autres arguments.
LE BEAU-PÈRE
Lesquels, mon Dieu?
LE DOCTEUR
Lesquels? Il n'en manque pas. Vous lui direz qu'une séparation serait un malheur pour tous, que son mari est le seul qui puisse avoir assez de dévouement pour l'aider à sauver son enfant. Vous lui direz qu'avec ces ruines de son premier boniieur, elle peut s'en édifier un autre fort enviable. Vous ajouterez à cela tout ce que votre cœur de brave homme vous inspirera et nous nous arrangerons pour que le prochain enfant du couple réconcilié soit robuste et vigoureux.
LE BEAU-PÈRE
Est-ce possible?
LE DOCTEUR
Oui! oui! ouil Mille fois oui! Il y a une phrase que je répète à chaque occasion et que je voudrais afficher sur les murs, c'est celle-ci : « La syphilis est une impérieuse personne qui ne veut pas qu'on méconnaisse sa puis- / sance. Elle est terrible pour qui la croit insignifiante et bénigne pour qui sait combien elle est dangereuse. Elle est comme certaines femmes, elle ne se fâche que si on la néglige. » Vous direz encore cela à votre fille... vous la jetterez dans les bras de son mari, dont elle n'a plus rien à redouter, et je vous garantis que vous serez un joyeux grand-père dans deux ans d'ici.
LE BEAU-PÈRE
Vous m'avez troublé, docteur. Je ne sais si je pourrai jamais aller jusqu'à l'oubli, mais je vous promets de ne
commettre aucun acte irréparable et de ne pas m'opposer à un rapprochement si, dans un laps de temps que je ne puis évaluer, ma pauvre enfant se résignait au pardon,
LE DOCTE u a.
A la bonne heure 1 Mais si vous avez une autre fille, gardez-vous de la faute que vous avez commise lorsque vous avez marié la première.
LE DEAU-PÈRE
Est-ce que je savais ?
LE DOCTEUR
Ah ! voilà 1 vous ne saviez pas ! Vous êtes père et vous ne saviez pas 1 Vous êtes député, vous avez assumé la charge et l'honneur de faire les lois, et vous ne savez pasl Vous ignorez la syphilis, comme probablement vous ignorez l'alcoolisme et la tuberculose ?
LE BEAU-piiRE.
Mais...
LE DOCTEUR
Bon. Je vous excepte si vous voulez. Je parle des autres, de ces cinq cents et je ne sais combien qui sont là-bas, au bout du pont, et s'intitulent les Représentants du peuple. Ils ne parviennent pas à trouver une heure pour parler de ces trois dieu.x farouches auxquels lÉgoïsmc et l'IndifFérence font chaque jour de terribles, d'épouvantables sacrifices humains. Ils n'ont pas de loisirs pour combattre |a Trinité féroce qui supprime chaque jour des milliers d'existences. L'alcoolisme ! Il faudrait interdire la fabrication des poisons et restreindre le nombre des débitants, mais comme on a peur des gros distillateurs qui sont riches et puissants et des petits débitants qui sont les maîtres du suffrage universel, on s'endort la conscience en se lamentant sur l'immoralité de la classe ouvrière, et en faisant des petitesbrochurcsoudes sermons. Fumistes!... La tuberculose 1 on sait bien que le vrai remède, ce serait