‹ Théâtre completChapitre 108 sur 190 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

dois rencontrer de liés anciens squelettes qui tiennent le milieu entre ceux des hommes de nos jours et ceux des animaux qui les ont engendrés ; les singes par exemple...

PAUL

Malheureusement non I Sous ce rapport j'ai perdu mes peines... Le plus ancien squelette humain est semblable au mien. Ma théorie s'appuie sur des raisons qui la rendent extrêmement probable, mais elle n'a pas encore pu produire l'être intermédiaire que vous réclamez... Je donnerais ma vie pour mettre la main sur un seul de ses os.

LE ROI

Tu as voyagé pendant des années, tu as mille fois risqué ta vie pour découvrir un bout d'ossement et tu reviens sans lui ?

PAUL, riant.

Ma foi oui I...

LE ROI

Et il rit I... Européen, va I Tu ne mérites pas qu'on discute avec toi I... Paul, si tu étais mon sujet, je te ferais pendre à l'instant, pour oser soutenir que le roi descend d'un vil insecte aussi bien que le dernier de ses soldats... Mais tu es destiné à quitter bientôt mes états, ce qui me permet de sourire de tes folies... Et toi, Totilo, que penses-tu de tout cela ?

TOTILO

A l'exemple de Votre ^!aj^sté, je souris avec d'au " 18

tant plus d'indulgence que des rêveries pareilles n'ont aucune chance de séduire notre peuple qui a sous les yeux des faits indiscutables à leur opposer. Ne savons-nous pas que les gorilles de nos forêts sont des sauvages dégénérés qui, à force de paresse, se sont déshabitués de parler et d'allumer le feu?... Cela est si vrai que les femmes de bûcherons craignent de s'aventurer dans les parages fréquentés par les gorilles mâles dont elles redoutent l'amoureuse ardeur.

PAUL, riant

Ami Totilo, je voudrais bien savoir à quoi ces femmes reconnaissent qu'elles ont affaire à un neveu et non pas à un oncle?...

LE ROI

Lorsque tu auras dans ta collection de quoi prouver que le gorille est un oncle, reviens nous donner des leçons !... (S'étendant sur l'herbe de toute sa longueur.)

Oublions ces enfantillages, et ne songeons plus qu'à nous délasser sur ce frais gazon... Il y a quelque chose de voluptueux dans l'air 1... Hein, si nous étions encore au temps où il restait dans ces bois des sauvages !... Comme il serait charmant de voir sortir de ce fourré une de leurs filles, nue, bronzée, marchant avec la précaution souple de l'antilope qui va boire. Je ne bougerais pas, je retiendrais ma respiration pour la laisser venir jusqu'au bord de la source, et alors... Mais à quoi bon se perdre dans ces divagations, puisqu'il n'y a plus de sauvages...

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