‹ Théâtre completChapitre 138 sur 190 · ACTE III · texte numérisé non relu

ACTE III

n'est pas le cas... Tu as été secourue avec une discrétion telle, que ton projet de prendre le voile paraît un excès de zèle...

MARIE

Je n'ai plus envie d'être religieuse...

PAUL

On te fournira d'autres moyens de servir la religion. Je rêve pour toi d'une destinée glorieuse qui te rendrait véritablement l'associée de la Providence... Si je me suis occupé de toi jusqu'à présent, c'est même dans l'unique but de te préparer à cette mission. Je ne pensais qu'à elle, je ne voyais qu'elle... Mais, ce soir, tout change I... C'est toi, ta personne qui m'intéresse..., tu es, pour un naturaliste, un rare sujet d'étude et je considère comme une chance d'assister à ton évolution...

Qu'ai-je donc de si remarquable ?...

PAUL

Tu es la plus frappante image de l'humanité qui se puisse concevoir... Tout individu, pendant le cours de son existence, reproduit, avec des coupures et des raccourcis, celle de son espèce... Toi, tu n'omets aucun détail, tu parcours toutes les étapes... L'itinéraire est complet I...

MARIE

Pourquoi plus complet que le vôtre?...

PAUL

Avant de te civiliser tu as passé par l'état sauvage : moi pas...

MARIB

Cela fait une différence ?

PAUL

Énorme... Chez nous, à peine un bébé se tîent-il sur ses jambes, qu'il abrège la route suivie par ses ancêtres et révèle, dès les premiers mots qu'il prononce, l'âme défrichée de nos races. L'hérédité, l'exemple des parents, les soins intensifs qu'on lui prodigue, greffent sur son printemps les fruits d'automne de notre culture. Le riche assortiment de préjugés, d'hypocrisies et de vertus dont il hérite, couvre de son vernis les profondes empreintes de l'animalité... Les grands commandements de la nature ne déclenchent plus ses instincts... Rappelle tes souvenirs... Lorsque tu es arrivée en France et que tu t'es trouvée en face de jeunes filles vraiment pures, quels phénomènes elles ont dû te paraître !... La pureté I... Tu n'avais pas connu cela pour ton propre compte, ma pauvre enfant l,„

MARIB

Non I C*est au couvent que je Val pour la première fois rencontrée. Mes camarades et les religieuses étaient l'innocence même!... Quand de sales souvenirs me venaient en présence de ces saintes ignorantes, je détournais la tête comme un animal pris au piège lorsqu'un homme lui parle...

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