ACTE ir
PAUL
Comment, tu ne peux pas descendre chez moi, ton frère ?
AMÉLIE
Evidemment je ne serais pas excommuniée pour cela et ton hospitalité ne me ferait pas peur si tu m'appelais à ta campagne. Mais, à Paris, nous avons rue de Sèvres notre maison-mère et j'y ai déposé mon sac en passant... Toute ma journée t'appartient. Tu m'as écris que l'avenir de Marie allait se décider et qu'elle aurait besoin de moi ?
Oui. Mon projet de faire de Marie une reine est en bonne voie. Abeliao, le roi des Amaras, est mort II y a quelques semaines et son fils Kigérik lui a succédé sur le trône. Il est séduit par l'idée d'épouser une Européenne.
AMÉLIE
Est-ce ton ami Totilo, ce vieux diplomate à demi civilisé, qui s'est chargé de le convaincre ?
PAUL
Lui-même. Notre gouvernement, par mon entremise, le subventionne généreusement, et il s*est montré si persuasif que le jeune roi, plein d'enthousiasme et très pressé d'entreprendre sa cure d'amour français, l'a expédié par le premier navire en partance avec mission de lui ramener une épouse qui le classe parmi les souverains éclairés. J'ai
à4d LA FILLB SAUVAGE
appris le départ de Totîlo en recevant hier matin la dépêche qui m'annonçait son arrivée à Marseille.
AMÉLIE
Il est en France I...
PAUL
A Paris. Je l'attends cet après-midi,
AMÉLIE, curieusement.
Est-ce que je pourrai le voir ?
PAUL
Il faut que tu le voies. Tu remettras Marie entre ses mains.
AMÉLIE
Il vient chercher Marie 1... Les choses en sont là !... Kigérîk fait venir de si loin une femme qu'il n'a jamais vue ?
PAUL
Si Marie ne lui convient pas, l'incident sera vite réglé... Dans son heureux pays, on ignore ce que c'est qu'une femme gônante.
AMÉLIE
Marie consent à partir ?...
PAUL
Elle ne se doute pas qu'il est question de l'envoyer là-bas... Je croyais avoir des mois pour la préparer, mais la mort d'Abeliao a précipité les évé-