‹ Théâtre completChapitre 16 sur 190 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

aux lèvres, et enfin soupirait tout attendri ce passage de Virgile :

... Hic inter flumina nota Et fontes sacros, frigus captabis opacum.

JEAN, riant.

Il me régale des mêmes vers chaque fois que nous passons auprès de la fontaine qui coule derrière le château, entre deux gros hêtres.

l'abbé Je la connais.

JEAN

C'est tout de même un brave abbé et nous faisons, lui et moi, très bon ménage. (Riant.) Il n'y a qu'un sujet sur lequel nous ne sommes pas d'accord.

l'abbé

Lequel ?

JEAN

J'ai peur que le Paradis ne soit un endroit terriblement ennuyeux. Chanter les louanges du Seigneur en grattant des harpes et des mandolines, au bout de quelques milliers d'années, cela doit paraître un plaisir assez monotone. J'aimais mieux le Paradis des païens. Au moins il s'y trouvait de belles pelouses parsemées de bosquets, et les âmes des justes y causaient à l'ombre des lauriers.

l'abbé, riant.

Et qui sait si, tout en causant, elles ne voyaient

M LE nËPÀS DU LION

pas des chevreuils s'ébattre à la lisière des bosquets, sur les pelouses ?

JEAN, riant.

L'abbé Poncelet me blague à peu près de la même façon. Il dit: « Avouez donc tout de suite que vous comprenez l'autre vie comme les Iroquois, que l'on enterre avec leur cheval, un arc et des flèches, pour qu'ils puissent continuer leurs chasses. » Alors je lui réponds : « Dieu vous entende, et qu'il me mette, pour l'éternité, au régime des Iroquois 1... »

l'abbé

Vous vous y mettez de vous-même, quand vous fourrez d'abominables tripotées à votre cousin de l'Espinay.

JEAN

C'est Prosper qui vous a raconté cela r*... (Sîçne affirmatif de l'abbé.) Mais il n'a pas pu VOUS dire ce qui m'avait mis en rage.

l'abbé Dites-le-moi.

Avez-vous vu, dans l'église du séminaire, sous l'autel de la chapelle de droite, le corps d'un enfant martyr trouvé dans les catacombes ?

l'abbé

J'étais encore au séminaire quand il est arrive de Rome.

Page 1