‹ Théâtre completChapitre 17 sur 190 · ACTE i · texte numérisé non relu

ACTE i

JEAN

C'est vrai !... Je vous ai reconnu dans la procèssien qui est allée le prendre à la gare pour le con» duire à léglise.

l'abbé

Vous y assistiez ?

JEAN

Oui, maman et moi étions partis de grand m.atîn pour la ville et nous avons vu déiiler le cortège, les écoles, les sociétés avec leurs bannières, les orphéons, les pompiers, des jeunes filles en blanc, le clergé en ornements d'or et enfin le cardinal qui était allé chercher le saint à Rome. Vous portiez la croix devant le cardinal. Derrière lui, dans une châsse de verre, le saint. Je m'attendais à voir de vieux ossements, et pas du tout ! les ossements sont recouverts d'un modelage de cire. On aperçoit l'enfant dans sa tunique pourpre, à demi couché sur des coussins, la gorge ouverte par une blessure et en train d'expirer. Autour de nous on s'écriait: «Comme il est beau!... » Les cloches sonnaient, les musiques jouaient, on jetait des roses, j'étais en extase!... Le soir, je suis rentré au château fou d'enthousiasme. Le lendemain est arrivé pour les vacances mon cousin de l'Espinay. Je lui ai décrit le triomphe du jeune Romain et déclaré que je révais d'aller un jour braver les païens, en Chine ou ailleurs, et verser mon sang pour la foi. Mon cousin m'a répondu qu'il n'avait aucune envie d'être missionnaire, et qu'il n'aurait pas le cou-

««i LE REPAS DU LlOlf

rage de supporter des douleurs atroces, alors que d'un mot il pourrait les faire cesser. J'ai été tellement révolté que je suis tombé sur lui à bras raccourcis, en l'appelant lâche.

l'abbé, riant.

Heureusement Prosper n'était pas loin !.«•

JEAN

Je vous garantis qu'à présent, lorsque mon cousin cause avec moi, il parle comme un héros 1...

L ABBÉ, entendant marcher au dehors, jette un regard vers la fenêtre

Ahl voici Prosper. Nous allons avoir des nouvelles.

JEAX, avec précipitation.

Attendez-le. Je vais regarder la blessure ûe ma chienne et je reviens, (ii sort.)

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