ACTE V S
devant vous... Je la vois encore s'avançanl à mes côtés à travers la grande salle du palais. Vous l'attendez, assis sur le trône au milieu d'une imposante assemblée... Tous bas je l'engage à tomber devant vous, le front dans la poussière, mais elle vous aborde avec une aisance familière et vous tend la main d'une façon qui vous oblige à v<ms lever.
KIGÉRIK
C'est vrai, je n'ai pas pu faire autrement. Et quelle surprise lorsqu'elle s'écrie en très bon amara: — J'ai autrefois habité ce palais 1 On m'avait donné pour appartement la cage aux singes et j'étais un vil animal que vous veniez contempler avec mépris. Je suis fière de mes origines, à présent que j'ai atteint le niveau supérieur de l'humanité.
TOTILO
Vous l'écoutiez avec un efTarement qui, sur un visage moins auguste, eût paru comique.
KIGÉRIK
Il était bien plutôt tragique 1... A ce moment sa vie n'a tenu qu'à un fil, et la tienne aussi I
TOTILO
Je l'ai lu dans vos yeux.
KIGERIK
T'avoir envoyé chercher une Française et recevoir une vermine de nos montagnes !... M'infliger Vf Ï3
8Sl LA FILLE SAUVAGE
un pareil affront en présence de toute la cour I... Mon sang s'échauffe encore en y pensant I...
Heureusement Marie, avec un à-propos merveilleux, reprenait : — Kigérik, présentez-moi donc vos femmes!... Je brûle de les connaître, puisqu'elles vont être mes compagnes. Ne craignez pas que je trouble vos plaisirs par du chagrin ou de la jalousie. Je suis au-dessus de ces petitesses. Quand vous auriez mille femmes, il n'y aura qu'une reine et ce sera moil...
KIGÉRIK
Elle disait une chose insensée 1 Au moment de répondre, j'ai été pris d'un accès de timidité qui reparaît chaque fois que je me trouve en sa présence !
TOTILO
Devant votre embarras, j'ai cru bien faire en la prenant par la main pour la mener devant le groupe de vos femmes, et il fallait voir avec quelle bonté hautaine Marie passait en revue les jolies et gauches créatures qui se bousculaient devant elle : — Où est Moïkasémi ?... Viens, Moïkasémi!... Mais elle est délicieuse I... Je ne suis pas étonnée que le roi en raffole!... Et ainsi de suite... Chacune avait son mot aimable, et des caresses et des baisers !...n n'y a que cette bécasse de Sitambilil... Aussi quelle idée de dire à Marie, avec un geste dédaigneux : — Je suis fille de roi| je ne fréquente pas les filles sauvages...