SCÈNE PREMIÈRE
MADELEINE, CATHEP.INE. Madeleine et Catherine arrivent du dehors. Madeleine. i)?.y3nnno d'environ 6'J ans, est enveloppée d'une large douiîijïlr n')Ire, bonnet à rubans noirs, gants noirs tricotés. Catherine a vin^ii-inq ans. Elle est jolie, robuste, le teint hâlé par les travaux des champs. Vêtements de deuil. Toutes deux portent des livres de prière. Une cloche sonne au loin l'offîce des morts.
MADELEINE, entrant la première.
Ferme la fcnttrc, tî's. Catliclnc: on crolo!
CàTHERINB. fermant la fenêtre avec un regard vers I»ciei.
Ça ne m'étonnerait pas qu'y neige cette nuit. L< 1" novembre, c'est de bonne heure!...
MADELEINE, montraot le ciel.
Pour sûr, il y a quelque chose de pas chaud làhaut I... L'année que je me suis mariée, le soir de la Toussaint nous sortions de vêpies, justem.ent comme aujourd'hui, et au moment où nous entrions au cimetière, voilà qu'il se met à neiger... En un clin d'œil tout était blanc. On ne voyait plus les tombes... — « Un linceul propre pour les morts; c'est leur fête, le bon Dieu les change de linge!...» que dit mon homme. Il n'avait pourtant guère envie de plaisanter, car les arbres avaient encore leurs feuilles; les branches pliaient, que ça faisait pitié, et y a eu du bois d'cassé, pire que si la guerre y
avait passé... (Pendant le bavardage delà vieille, les deux femme» le débarrassent de leurs chapeaux, manteaux, vont et viennent pour ranger. Catherine met un tablier de cuisine.}
CATHERINE, fourgonnant dans le fourneau.
Aïe!... Que misère!...
MADELEINE
Y a pas de braise ?
CATHERINE
Non !... Attendez voir I... Je crois que t'en v'Ià
tout au fond !... (Avec le tisonnier, elle ramène délicatement qnel- <|aes charbons rouges sur le devant du foyer.)