ACTE n
désormais le véritable maître du travailleur !... Qu'il vienne alors exposer ses justes griefs, à qui s'adresse-t-il ?... A un papier 1... Qu'il montre son corps vieilli, son enfant malade, sa femme brisée par les maternités, qui implore-t-il ?... Un papier!..,
GEORGES
A ces mots, tonnerre d'applaudissements, rires, satisfaction générale. Et moi je me disais que les jours d'émeute, lorsque les grévistes envahissent la maison du directeur, ce n'est pas précisément un papier qu'ils jettent par la fenêtre et traînent sanglant le long des rues. (Sour ant.) Mais cette idée n'a dû venir qu'à moi... Les autres vous faisaient une ovation... oh î bien méritée!... car vous aviez soin de proclamer que l'œuvre des cercles est, avant tout, une entreprise de revendications : l'ouvrier demande justice au nom de Dieu. Qui donc soutenait que vos cercles sont des cabarets chrétiens?... Ce sont des casernes remplies de soldats enrôlés sous une bannière. Vous mêliez le Sacré-Cœur et la Vierge sur la bannière, d'accord, mais elle n'en est pas moins rouge, et sachez bien que vos clients suivent la couleur et non la Vierge!
Alors vous refusez toute efficacité à l'intervention sociale de l'Eglise ?...
GEORGES
Si vous parliez à des croyants comme ceux qui
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pai taîent pour Jérusalem en criant : Dieu le veut !... j'aurais confiance. Mais nous n'en sommes plus là... Et, tenez, permettez-moi de dire, sincèrement, ce q\x\ manque à vous-même pour rallumer le feu sacré chez ceux qui ne l'ont plus.
JBÀN
Quoi donc ?...
GEORGES
Il vous manque d'être un apôtre. Un apôtre ne sait pas à combien d'auditeurs il s'adresse. Il n'inventorie pas la salle avec le sang-froid d'un vieux comédien et ne guette pas l'applaudissement à l'heure où on le croit emporté par un délire surhumain. Il y a entre votre parole et celle d'un apôtre la même différence qu'entre un jardin anglais et la nature sauvage. Est-ce qu'un apôtre assortit ses mots et termine par celui qui fera le mieux flèche ?... Pour qu'un peuple sanglote aux pieds d'une idée, pas besoin de savants artifices. Il ne faut que du cœur, un cœur déchaîné !... Le vôtre est discipliné !...
JEAN
Eh bien! c*est vrai, je n'ai pas le cœur d'un apôtre... Vous mettez la plaie au vif I II me faudrait l'âme d'un Pierre l'Ermite, et la mienne a été touchée par l'esprit moderne. Quand j'affirme que seuls les catholiques sont capables de sauver la société au milieu des tempêtes soulevées par la Révolution, je parle en politique bien plus qu'en chrétien. Je vois l'armée du crime grossir sans cesse,
iCTB II 108
Bs bagnes refuser du monde ; je vois des milliers e jeunes gens recevoir devant la cour d'assises un inistre certificat d'études au sortir de l'école athée. )evant cette marée de boue et de sang, j'entends î cri d'alarme des penseurs. Je reconnais avec anoisse que leurs efforts pour créer une morale sans bligations ni sanctions n'aboutissent qu'à des jeux e mandarins, incompris de la foule. Notre société été bâtie sur l'idée de Dieu ; on enlève l'idée, et eus restons suspendus sur l'abîme. Je le constate, t la prière ardente qui devrait s'échapper de mes bvres n'en sort pas !
GEORGES
Mon ami, j'avais deviné cette contradiction d'un hrétien tiède et d'un fervent défenseur de l'idée eiîgieuse. Mais ce qui me dépasse, c'est votre âpre ersévérance dans une vocation qui n'est pas la être... Les satisfactions d'amour-propre, vous pouriez les recueillir dans une autre voie. Pourquoi ous faire docteur de l'Église, lorsque le Saîut- )sprit ne vous inspire pas ?
JEAN
J'ai la conviction d'agir pour le plus grand bien es classes laborieuses. C'est le prochain que je eux servir et non moi-même.
GEORGES, riant.
Eh bien, vous n'y réussirez pas I... Chaque fois u'un homme de valeur se mêle des affaires d'au- :ui, il y gagne ! Il aura beau y apporter toute l'ab-
négation possible, il gardera le plus clair du profi Une intervention n'atteint pas toujours ceux qu'el vise ; elle touche forcément celui dont elle éman Vous avez trop pratiqué les forêts pour ignon que, dans un semis, dès qu'un jeune brin dépas; les autres, ne fût-ce que de l'épaisseur d'un fil, il t sera plus rattrapé. Il montera dans la lumière, vi leur inconscient de soleil. Dans l'humanité, il y également des plantes voraces. Tout les aide à d( miner. Le dévouement, la charité, en fortifiant h âmes qui les pratiquent, faA^orisent des élans d( minateurs, comme celui du rameau qui accapare ! soleil. Dans la lutte pour la vie, la bonté même di vient une arme !... Voilà vous!... Toute la journt vous avez parlé. Tant mieux si l'auditoire en profité, on le saura dans quelques années ; ma que vous en ayez profité, vous, c'est certain !. Quel charme, quelle passion, quel don d'émoi voir!... Il est facile de se rendre compte, en voi écoutant, que vous avez acquis, grâce à votre apo tolat, un grand maniement des âmes. Vous voi: donc intelligent, éloquent, expérimenté, en roui pour la gloire, au moyen d'une œuvre excellenl ou détestable, la question ne se pose même pas!.
JEAN
Mais je la pose, moi I... Nous tuons des hommes je jure sur le cadavre de l'un d'eux d'être le soi tien des humbles ; je m'y consacre de tout cœu vous venez me dire : l'oeuvre ne sert probablemei (;u'à vous seul!... Et j'entendrais cela sans boi dir!...
CTE ît Ï07
GEORGES
Ah ! l'orateur, comme il brode !... Teuez, Jean, vous prends sur le fait : vous avez des exressions par trop exagérées!... Nous tuons des ommes!... Eh! non, nous ne tuons personnel... ne loi, que nous n'avons pas faite, oblige les ommes à travailler. Il faut du fer, il faut de la [)ui:îe, qu'on n'arrache à la terre qu'au prix d'efirts meurtriers. Ce n'est pas l'industriel qui prend ;s existences, c'est la nature indomptée. Nous tons des hommes!... Avec des mots comme ceux- , vous devenez vraiment dangereux.
JEAN
Il y a des assassins parmi nous, j'en connais !...
LOUISE
Toute vérité n'est pas bonne à dire.
JEAN
Celle que je dis sort de ma conscience I... (A Georges.) oyons, vous, l'homme pratique, si vous vous étiez Duué pour mission d'aider les pauvres, que feriez-