‹ Théâtre completChapitre 39 sur 190 · ACTE il •'a · texte numérisé non relu

ACTE il •'a

sur la gorge, on ne t'aurait pas fait taire, j'en suis sûre !...

GEORGES

Parbleu ! Il se ferait écharper plutôt que de subir rhumiliation de céder en public.

LOUISE, à Jean.

Accepter le martyrje dans un esprit si mesquin I... Comme cela te ressemble peul... Est-ce qu'on ne t'a pas vu sacrifier tes goûts, bouleverser ton existence, te condamner à souffrir pendant des années', rien que pour une idée?... Un pauvre diable meurt sous tes yeux, et voilà que l'obligation de se dévouer à ceux qui nous servent s'impose à ton cœur et transforme ton caractère... Tu t'e?ciles, tu ne veux même plus revenir à Miremont pendant les vacances. Les médecins nous faisaient un cas de conscience de te laisser dans ta prison. Papa te suppliait de ne pas t'obstiner. Presque mourant, tu tenais bon... C'était du martyre, cela, le plus beau de tousl Le martyre sans spectateurs!...

JEAN

Laisse donc!...

LOUISE

Le mot n'est pas de moi, mais de l'abbé Charrier... Nous l'avions prié de veiller sur toi, et il mettait à le faire une ardeur touchante... Il venait me raconter ses tourments : « Si Jean pouvait se décider à jouer pendant les récréations ! Il reste à l'écart dc^ autres enfants. Il y a en lui quelque chose qui

le vieillît de dix ans et dont il ne se distrait jamais.» Puis il te décrivait étudiant avec rage, les dents serrées, pour devenir ce que tu avais juré d'être. Plus tard, tes examens passés, il t'engageait à voyager. Tu ne voulais rien entendre. Avec l'intransigeance de la jeunesse, tu te reprochais de n'avoir pas encore trouvé moyen de régénérer les masses... Un jour, il a eu l'heureuse inspiration de te conduire dans les cercles d'ouvriers. Ta voie était trouvée... Pieusement élevé, rempli de résolutions généreuses, trop frêle pour être réclamé par le service militaire, ïl te fallait cette œuvre qui réunit tout ce que tu peux souhaiter : religion, dévouement, remède social.

GEORGES

En admettant que donner raison à l'ouvrier contre le patron doive sauver la société 1

JEAN

Vous n'avez donc pas compris ?... Ce n'est pas le triomphe d'une classe sur les autres que nous poursuivons, mais l'union de toutes les classes pour le bien commun.

GEORGES

Je connais votre idéal : créer de grandes familles analogues aux anciennes corporations : les classes dirigeantes seraient investies d'une sorte de paternité; en retour, les ouvriers auraient pour elles des sentiments filiaux. En théorie, c'est charmant. Dans la pratique, qui prendrez-vous pour trait d'union ?

CTS II va.

JSA17

L'Eglise I On se figure que notre œuvre a pour bjet de détourner les ouvriers du cabaret en leur rocurant d'honnêtes distractions. Allons donc l... ]\\e n'a pour but ni la moralisation ni la charité ; lie est une œuvre sociale î Nos comités, choisis ans les classes élevées, forment des groupes 'hommes attachés à leur foi et résolus à la propaer par tous les moyens. Nous voulons également ue, dans la classe ouvrière, nos cercles soient des ssociations d'hommes éprouvés, convaincus de leur lissionet se posant à l'atelier comme les représenmts et les apôtres d'une idée que voici : la reliion seule peut dissiper les malentendus qui diisent un peuple. Elle dit au riche : « Argent, itelligence, instruction, toute supériorité vient de >ieu. Vous lui rendrez compte de tout. Ne soyez as l'assassin de l'ouvrier, votre frère, en évaluant an travail à un prix de famine. Ce travail ne sauiit être une marchandise soumise aux lois de l'offre t de la demande. Votre employé a droit à l'abonance et au bien-être.» Elle dit au pauvre : «Dieu a oulu votre infériorité, ne soyez donc ni jaloux ni aineux. Le riche ne vous a rien pris. Il est priviïgié par la volonté du Tout-Puissant. Il vous doit, a revanche, une juste rémunération de vos sériées et une aide amicale lorsque vous souffrez, cceptez ses bienfaits sans rougir, ce qu'il vous [fre, ne f ît-ce qu'un verre d'eau, lui sera payé en onheur éternel. » Oui, la religion scaie peut faire ne le riche donne sans orgueil et que le pauvre içoîve sans humiliation.

GEORGES

A merveille !... Et vous croyez que les ouvrier écoutent vos homélies sur Dieu qui accorde tout supériorité ?... Ah ! la bonne blague 1 Leurs bravo ont assez souligné ce qui les a frappés, pour vou donner à réfléchir.

JEAN

Je vois à quel passage vous faites allusion. X n'en regrette pas un mot... En somme, qu'y trou vez-vous à reprendre?... Sous l'ancien régime oi naissait ouvrier, on devenait patron. Il fallait con quérir des grades professionnels, et ce n'est qu'aprè avoir produit un chef-d'œuvre qu'on obtenait h maîtrise. Aussi l'ouvrier admirait son chef et trou vait légitime son autorité fondée sur le talent. L< patron, lui, ayant passé par le plus humble labeur se souvenait. Il connaissait le chômage, la maladii et la détresse. L'ouvrier qui apportait ses doléancei était écouté; on pouvait discuter et s'entendre. Au jourd'hui,sous prétexte de liberté, plus d'habileté pro fessionnelle exigée. Riche, on commande; pauvre on obéit. L'industriel vit dans une fièvre d'émula tion féroce et, dans ce combat à outrance, il se ser de l'ouvrier comme du charbon que l'on jette soui la chaudière. Mais enfin, l'industriel, on peut s'adres ser à lui, on l'attendrit; il a femme, enfants, il a di cœur : c'est un homme !... Par malheur, il est gêné paiement esclave, lui-même, d'inconnus qui on v^ersé de l'argent à un guichet; en échange, on leui î remis des actions, c'est-à-dire de beaux papiers < vignettes, mais sans cœur ni âme... L'action, voilî

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