‹ Théâtre completChapitre 47 sur 190 · ACTE ir · texte numérisé non relu

ACTE ir

Chaque fois que nous lisons dans les journaux des articles sur M. de Miremont et les cercles d'ouvriers, nous disons : « Celui-là, au moins, est sincère... Il n'était pas plus haut que ma botte qu'il avait juré d'être notre ami... »

JOURNKT

Juré en pleurant, pauv' gosse I...

JEAN

Vous avez assisté à notre assemblée générale ?...

ROBERT

Oui! nous étions curieux d'apprendre comment un homme de bonne foi, qui a sa fortune placée dans l'industiie, s'y prend pour concilier la justice avec son intérêt.

JEAN

Ma méthode a dû vous déplaire. Vous êtes collectivistes et je défends la propriété. Vous êtes irréligieux et j'appelle Dieu au secours de la société...

Si on pouvait tout arranger à votre manière, ça serait, en effet, trop commode. Un papier n'a pas de cœur, disiez-vous. Est-ce qu'un papier a de la religion ? Mais nous savons que nos idées ne sont pas près de triompher, et alors mieux vaut prendre dans les vôtres ce qu'elles ont d'utile que de ne rien essayer.

m LS REPAS DU MON

Tout n*étaît donc pas à rejeter dans mon discours ?

ROBERT

Oh I monsieur Jean 1... La preuve, c'est que nous venons vous proposer de répéter ce même discours, tel que nous l'avons entendu, à vos propres ouvriers. Car c'est très bien de soutenir ceux de Paris, mais n'oubliez pas qu'il y en a douze mille qui travaillent pour vous à Miremont. Racontez-leur également que la société est horriblement cruelle, que le travailleur est indignement exploité, que le capital abuse. Cela fera un rude effet que vous, le propriétaire, soyez forcé d'avouer ces choses, au milieu des usines qui vous ramassent tant d'argent. Votre beau-frère, qui est un grand industriel, mais un maître impitoyable, fera tout pour étouflér votre voix. Il aura raison au point de vue de vos intérêts, car il est impossible qu'elle n'obtienne pas une forte hausse de salaires. Donc, ce voyage vous coûtera cher, mais on sait bien que vous ne regardez pas à l'argent quand il s'agit de justice.

JEAN

Mon beau-frère insistait, il y a cinq minutes, pour m'emmener à Miremont. Me voilà donc appelé par vous, réclamé par lui... (Souriant.) Ne trouvezvous pas ma situation bien délicate ?

Vous avez la confiance des deux camps. C'est ce

qu'il faut pour être arbitre.

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