ACTE III
L ABBÉ, dan» te ravissement, enlève à Mariette les roses et se délecte de leur odeur.
Oh! des roses!... Déjà!... Mais, mais, mais!...
MARIETTE
Ce sont les toutes premières... Aussi le bouquet n'est-il pas gros... C'est le jardinier du château qui me l'a donné.
l'abbé
Il donne les roses de M. Boussard!... (Souriant.) A ause de la bonne intention, appelons cela un pieux larcin...
MARIETTE
Les roses font tort à mon lilas blanc.
l'abbé
Jamais de la vie !... Je l'admire !... Quels superbes panaches !...
MARIETTE
On n'en voit pas encore dans les jardi ï'illage. Mais le jardin de Prosper est si bi( 3osé !...
Vite, va demander à maman de l'eau pour y mettre tes fleurs. Ne perds pas de temps; il faut ensuite
que je te dise un mot. (Tout en parlant, n a choisi devant la Vierge des bouquets fanés, les a jetés par la fenêtre et a remis à Mariette les vases vides qu'elle emporte. L'abbé, resté seul, s'amuse à poser les nouveaux bouquets au milieu des anciens, pour juger de l'effet. Mariette revient avec les vases, qui sont aussitôt fleuris et placés.)
C'est gentil, bien gentil, Mariette, d'avoir eu cette idée-là. En admettant que tout n'aille pas comme il serait à souhaiter, au moins tu gardes ta religion.
MARIETTE
Vous avez un reproche à m'adresser?...
l'abbé
Il paraît que tu ne passes pas un jour sans te montrer avec Robert.
MARIETTE
J'aime beaucoup vos deux frères, monsieur le curé. Je demeure chez l'un ; pourquoi me serait-il défendu de fréquenter l'autre?
l'abbé
Il est tout naturel que tu aies pris pension dans la maison de Prosper, qui est marié et t'a recueillie après la mort de ton père.
MARIETTE
En ce temps-là, Robert, qui venait d'entrer dans l'usine, demeurait avec nous. Il était un peu dépaysé chez de si dociles serviteurs ; moi, la fille d'un va-nu-pieds, je n'étais guère plus à l'aise. Nous formions bande à part. Vous voyez, il s'agit d'un vieille amitié!
l'abbé
Conserve-la, mais qu'elle ne s'affiche pas. Robert a pris une déplorable attitude. A supposer que les ouvriers aient quelques sujets de plaintes, est-il
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admissible qu'un des nôtres se pose en adversaire d'une famille qui nous a comblés de bienfaits?
MARIETTE
Il ne peut pas y avoir d'ingratitude envers nos maîtres à parler comme eux. Vous entendrez M. Jean... Robert n'est pas plus violent.
l'abbé M. Jean conclut autrement que Robert.
MARIETTE
Robert n'est pas un saint. M. Jean voit tout en Dieu.
l'abbé
Dire cela, c'est proclamer lequel a raison.
MARIETTE
Monsieur le curé, je suis pieuse et j'admire M.Jean de tout mon cœur. Je crois, tout de même, que Robert va mieux que lui jusqu'au bout de son idée. Il s'exprime moins bien, mais il aura le dernier mot. Le monde n'est pas une Eglise.
l'abbé Te voilà socialiste maintenant I...
MARIETTB
Oui, vraiment.
l'abbé
Je dinais avant-hier au château pour fêter l'arri-
vée de M. Jean. M. Boussard m'a grondé à propos de toi. Il t'a fait entrer, par un privilège unique, au bureau des études, où ta présence a produit une petite révolution parmi les dessinateurs, furieux de cette concurrence féminine. M. Boussard a tenu bon, et voilà ta façon de le récompenser !.. M. Jean, qui écoutait, n'a pas caché sa surprise. Quant à M. Boussard, si tu continues à fréquenter ses ennemis, il écoutera les tiens qui réclament la suppression de ton emploi.
MARIETTE
Qu'on me chasse donc!... car je passe définitivement à l'ennemi. Nous comptions garder le secret encore un peu de temps; mais, devant cette menace, le silence devient une lâcheté... Je suis fiancée à Robert...
l'abbé
Toi, Mariette, épouser Robert!... Ohl je ne sais pas si... non, en conscience, je ne dois pas me réjouir... J'ai peur que Robert ne t'éloigne de Dieu.
MARIETTE
Je puis aussi bien le ramener à Dieu.
l'abbé
Le gros chagrin que tu as rapporté de Paris, et qui te faisait sangloter aux pieds de cette Vierge le soir de ton retour, c'est donc fini?... Te voilà bien vite consolée!...
MARIETTE
J'aimais quelqu'un, beaucoup trop bon, beaucoup