‹ Théâtre completChapitre 75 sur 190 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

l'abbé, jean, madeleinb

l'abbé

Pour la dernière fois qu'elle s'adressait aux ouvriers, votre éloquence a eu un mot d'enfant terrible I...

MADELEINE

Et pourquoi qu'vous n'voulez plus avoir affaire aux pauv' gens ?... Autrefois, dès qu'un fermier rendait l'âme, pendant que la veuve arrêtait l'horloge, le premier valet s'avançait jusqu'au milieu de l'étable et disait bien haut, pour que toutes les bêtes l'entendent : « Le maître est mort!... » Quand même nous n'serions guère plus qu'des animaux, monsieur Jean voit bien que, dans les moments graves, on leur parle comme s'y z'étaient de la famille, n (Elle regagne l'intérieur du presbytère.)

L ABBÉ, désignant le cmcifix qui surmonte la chaire.

Que penseriez-vous de moisi, tout à coup, je cessais d'annoncer aux hommes que le Maître est mort pour eux?...

JEAN

Vous aussi, vous me donnez tortl... Mes revenus s'épuisent en libéralités... Le million que je viens de promettre, je ne l'ai pas!... En l'offrant, j'ai codé à une impulsion 1... Enfin, je me tirerai d'affaire I...

Mais, vous voyez, je pousse la bonté jusqu'à l'imprudence. Il faut bien que je le proclame, puisque je suis attaqué..,

l'abbé

Saint Paul a dit : « Quand je distribuerais tout mon \ bien aux pauvres, si je n'ai pas la cbarité, tout cela | ne sert de rien. »

JEAN

Suis-je maître d'aimer ou de n'aimer pas le prochain?... L'amour se commande-t-il ?

l'abbé

C'est en Dieu que vous devez aimer le prochain, et l'amour de Dieu se commande I...

JEAN

Rappelez-vous le petit animal de proie que j'étais \ dans mon enfance... Chasseur cruel et passionné, poignardant, d'une main déjà ferme, les sangliers et les cerfs. N'ai-je pas quelque mérite à l'avoir déguisé pendant des années en philanthrope doux et compatissant?

l'abbé

J'ai connu un enfant qui, loin d'être un petit animal de proie, avait le penchant au sacrifice porté à un si haut degré qu'il rossait un de ses cousins pour avoir confessé que le martyre lui ferait peur. Une âme capable d'un si noble emportement ne doit pas faiblir.

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