‹ Théâtre completChapitre 76 sur 190 · ACTE JII · texte numérisé non relu

ACTE JII

L'enfant dont vous parlez revenait de la ville, où il avait assisté à une procession magnifique escortant le corps d'un jeune martyr. Sa petite âme vaniteuse s'était ouverte aux ardeurs de la foi devant cela: un triomphe!... Il était rentré dans ses bois, ivre de piété, croyait-il; d'orgueil, puis-je répondre à présent. Commecela préparaitbien l'apôtre en gants blancs que je suis devenu, pérorant pour Dieu, se figurait-il, et, en réalité, pour une vaine fumée de gloire 1...

l'abbé

Non, vous n'êtes pas uniquement un affamé de gloire I... N'ai-je pas été le confident de votre jeunesse ?... N'ai-je pas suivi vos premiers pas dans la carrière d'apôtre?... Je sais quelles tendres préoccupations vous poussaient vers les pauvres. Cependant, je le reconnais, votre âme ne paraît plus tout à fait la même. Pendant votre discours, je sentais combien vous avez changé de ton. Autrefois, votre éloquence était familière et fraternelle : elle est aujourd'hui d'un style sévère et oratoire. Plus littéraire, vous êtes moins touchant. Vous regardez de haut les bonnes gens qui vous écoutent. En vous adressant à eux, vous leur faites une grâce... C'e^t peut-être ce qui les blesse le plus.

JEAN

Leur instinct voit juste 1... J'ai contre les ouvriers une espèce de rancune pour l'existence surhumaine que j'ai vécue à cause d'eux.

Page 1