‹ Théâtre completChapitre 12 sur 252 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

Dai^ les obscurs périls d'une entreprise vaine.

BRUTE

Quels périls?

Je ne sais ; mais des bruits pleins d'effroi , A travers ma retraite , ont pénétré vers moi. Peut-être en ce moment quelque chose se trame ; Peut-être à la révolte il ne manque qu'une âme ; Et vous n'êtes que trop propre à la diriger, Vous , par vingt ans d'affronts instruit à vous venger, Instruit à commander aux passions des autres Par vingt ans employés à commander aux vôtres. — J'ai craint que cet appât ne vînt à vous tenter ; J'ai voulu vous aider à mieux patienter, En vous faisant savoir que , moi , je vous estime D'autant plus avili , d'autant plus magnanime.

BRUTE

Généreuse amitié 1 — Rassurez-vous , pourtant.

Sans doute un jour viendra... mais ce jour est distant.

Ah ! pourquoi la fortune est-elle si jalouse

De m'avoir envié même une chaste épouse 1

Si celle qui flétrit encore un nom flétri ,

Et qui , dans l'homme vil , avilit le mari ,

Eût été comme vous , Lucrèce ; si mon âme

Eût pu se retirer dans celle^d'une femme ,

Et rencontrer, au sein des dieux intérieurs ,

La paix et l'amitié qui i»e fuyaient ailleurs ;

Alors, ce bouclier du bonheur domestique M'eût fait invulnérable à l'insulte publique , Et j'aurais entendu, tranquille en mon orgueil, Le bruit de l'infamie expirer à mon seuil.

Mais le sort, mécontent de son œuvre imparfaite , A couronné ma honte et l'a placée au faîte.

— Aujourd'hui cependant j'éprouve sa douceur ; S'il m'enlève une épouse , il m'accorde une sœur. Que les dieux , vous suivant d'un regard tutélaire , Réservent pour moi seul leurs regards de colère ! Qu'ils protègent vos jours l

■ Faites votre visage.

Silence. On vient par là.

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