SCÈNE I. 3G
BBROé.
Claude est un cavalier comme Ton n'en voit guère.
LYDIE
Il perd tout son mérite en mettant pied à terre.
BERCE
Prenez un sénateur grave dans ses propos.
LYDIE
C'est ennuyeux.
BEROé.
Prenez un fermier des impôts.
LYDIE
Cest trop laid.
BERCÉ
C'est la source, ô belles courtisanes , Des bronzes de Corinthe et des urnes toscanes.
LYDIE
Donnés par des gens laids les cadeaux sont trop chers.
Je ne mesure pas l'amour aux dons offerts*
Que celle qui voudra l'or et la perle rare
Au poète amoureux ferme sa porte avare ;
n ne vient pas chargé de la pourpre de Cos ;
Il n'a que ses chansons et les donne aux échos ;
Mais les dieux sont pour lui ; la muse délicate
Lui conseille les mots dont la grâce nous flatte :
La Muse, femme aussi, sait le cœur féminin,
Et par quel art secret s'y glisse un doux venin.
Va , je suis autrement que les femmes vénales.
Je hais l'esprit commun et les phrases banales.
Je veux , pour reconnaître et nommer mon vainqueur,
Qu'il s'ouvre par mon âme un chemin à mon cœur.
L'amour ne connaît pas d'éternelles ivresses :
Pour lui la causerie a de calmes tendresses ;
Et quel plaisir alors d'écouter longuement
La source qui murmure mt lèvres d'un amant ,
Ou bien d'accompagner sur sa tremblante lyre
Les chants harmonieux que soi-même on inspire !
Tel l'amour des oiseaux fait résonner les bois.
Les chants et les amours ont dû naître à la fois.
— Et puis , ô peroé , n'est-ce p^s quelque chose
Que l'immortalité dont la muse dispose?
La soie et les bijoux ne plaisent qu'un instant ;
Demain sera fané ce péplum éclatant ;
Mais les vers du poète échappent aux outrages.
Hélène aux beaux cheveux vivra dans tous les âges ;
Tant qu'on reconnaîtra l'empire de Vénus ,
Lesbie et Lycoris auront des noms connus ;
Et, partageant l'honneur de sa muse applaudie,
Toujours avec Horace on nommera Lydie.
Elle regarde Thorloge à eau.
L'eau s'écoule. Bientôt Horace doit venir.
Quand viendra-t-il 1 jamais l'heure ne va finir. Saturne 1 abrège donc Tincertilude avide , Et prolonge plutôt le bonheur trop rapide !
Ah I Beroé 1 j'entends des pas — c'est lui qui vient. Abaisse les rideaux ; leur ombre me convient. Dans les plis de la pourpre une lumière éteinte