SCÈNE I. 86i
Nulle autre dans ton art n'est plus que toi savante. Aussi, tu le sais bien, jamais, d'un doigt trop prompt, Je n'ai malignement égratigné ton front ; Jamais , pour te hâter pendant que tu m'habilles , Je n'ai dans tes bras nus enfoncé des aiguilles.
— Ah ! elle enrage ! — Eh bien , ma chère Beroé , Restons coiffée ainsi, pour qu'enrage Chloé.
— Va chercher mon péplum. Choisis parmi mes voiles Celui dont le fond rose est parsemé d'étoiles.
— Me conseillerais-tu plutôt de revêtir
Un manteau deux fois teint dans la pourpre de Tyr?
Le rose vous va mieux.
LYDIE
Prends donc le péplum rose.
Beroë Ta prendre le peplom dans le cabinet de ioUette. — Lydie promioe an citron sur ses ongles.
Hercule! soient bénis, par-dessus toute chose, Tes onzièmes travaux par qui ces fruits dorés Furent conquis exprès pour nos ongles lustrés !
Beroé reTient aree le peplam dont elle habille Lydie. Lydie arrange les plis du peplam.
Ces plis tombent-ils bien?
BERCÉ
Les divines statues, D'un voile aérien par Phidias vêtues, Moins purs et moins légers laissent tomber les plis Du marbre de Paros sur leurs corps assouplis.
LYDIE, montrant U o«s8ett« qvl est^nr 1* table de tôUetle.
Ouvre cette cassette , et donne-moi mes bagnes,
BUe met les bagues à ses doigts.
Et mon collier chargé des dépouilles des vagues ;
BUe se passe au cou un collier de perles et d'autres colliers.
Donne mes bracelets. —- Sur mes bras, sur mon cou , Faisons étinceler tout le rivage indou.
— Et maintenant posons le lierre sur ma tête , Le lierre est le feuillage aimé de mon poëte«
Elle se redresse et se retourne vers Beroé.
Suis-je belle?
BEROÉ.
Vénus ! — Quel est le chevalier Qui ne vendrait pour vous sa bague et son collier?
LYDIE
Ah ! Beroé ! l'amant à qui je voudrais plaire N*est pas un chevalier, n*est pas un consulaire ; C'est pour Horace, fils d'un esclave affranchi, Que brillent ces bijoux sur mon sein enrichi.
BEROÉ.
Pour que vous l'aimiez tant, il faut \Âen qu'il vous aime !
LYDIE
Le volage 1 partout il soupire de même.
BEROÉ.
Alors il est fort riche , et les écus romains Gomme des gouttes d'eau glissent entre ses mains !
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LTDte.
Il est pauvre. Il aurait les trésors ùa Pactole, Que je ne voudrais pas accepter une obole.
BEROÉ.
Pauvre I fils d'affranchi ! volage dans ses goûts ! Médiocrement beàii ! -»- Pourquoi donc Taimez-vous?
LYDIE
Je ne sais pas; Je l'aime.
BBROÉ.
l'étrange faiblesse 1 Eh quoi 1 les plus grands noms de la jeune noblesse , Les Drusus, les Pisons, implorant un coup d'oeil, D'inutiles soupirs fatiguent votre seuil ; Si vous préférez l'or aux brillantes intrigues , Tout avare usurier aura des mains prodigues.
Chrêmes , pour dégrafer ce manteau complaisant , Viderait à vos pieds son coffre-fort pesant.
Et — pouvant bien choisir, — vous vous mettez en tète, Quoi?... d'aimer un faiseur de chansons, — un poëte !
LYDIE
Que veux- tu !
BEROÉ
Par Plutus! songez donc qu'Apollon Ne s'appelle doré , que parce (ju'il est blond. '
LYDIE, suuriant.
C'est juste.
BEROÉ^
Marcios a des aïeux antiques ; Leurs images de cire illustrent ses portiques ; Qu'en dites- vous, madame?
LYDIE
£b ! que m*importe à moi Qu'ayant des goûts d'esclave , il descende d'un roi ! Je refuse ma couche au petit-fils d'Énée , Dont le regard est trouble et Thaleine avinée.
BERGE
Et Gérinthe? il est beau.
LYDIE
C'est vrai ; mais il est sot.
Sa bêtise orgueilleuse éclate au premier mot.
BEROé.
Calaïs?
LYDIE
Calaïs , dont le talent unique Consiste à bien draper les plis de sa tunique !
BEROÉ.
Préférez-vous Rufus?
LrDIE.
Nul n'a le goût plus fin Pour discerner d'abord une huître du Lucrin.