SCÈNE H
HORACE
Ehl sans doute!
LYDIE
J'ai cru que vous oubliriez l'heure.
Dieu ! je ne songeais qu'au rendez-vous.
LYDIE
Menteur!
HORACE
De l'heure qui tardait j'accusais la lenteur.
LYDIE
Vrai?
HORACE
Méoène m'attend ; que Mécène m'attende î J'accours chez ma Lydie , où l'amour me demande.
LYDIE
Vous en repentez-vous?
HORACE
Je me suis repenti De m'ennuyer, jamais de m'être diverti.
LYDIE
Le Falerne enivrant coule à flots chez Mécène.
HORACE
J*aime mieux m'enivrer de ta plus douce haleine.
Mécène vou8 eût dit les nouvelles du jour ; Et moi je ne sais rien, sinon parler d'amour.
HORACE
Et voilà justement la science suprême.
Le bonheur est d'aimer et de dire qu'on aime. Les doux chuchotements qui s'éveillent la nuit , La main mal dérobée au baiser qui la suit , Voilà les jeux charmants , et la fête éternelle Qui ne lasse jamais, toujours vieille et nouvelle. Toi , Mécènp , chargé du poids de nos destins , Tu veilles sur l'empire et les peuples lointains ; Tu prépares notre aigle aux guerres que projette Le Gantabre indocile ou l'errant Massagète.
Mais quoi? Les dieux prudents nous voilent l'avçnir. Quel lendemain suivra le jour qui va finir?
Nul ne sait; y songer est un souci frivole.
Cependant le temps fuit ; la jeunesse s'envole , Emportant avec elle et les joyeux discours , Et le sommeil facile , et l'âge des amours.
Donc , puisque la jeunesse est chose si légère , Cueillons , quand il est temps , cette fleur passagère. Le sage , ô ma Lydie , obéissant aux dieux , Jouit de leurs bienfaits qu'on regrette étant vieux ; Il est content , s'il tient des muses de la Grèce Un souffle , tout léger, pour chanter sa maîtresse ;