ACTE III
Il faut , pour exciter ses amours ou ses haines ,
Comme Tarquin rancien , verger l'or à mains pleines.
Mais l'impôt a fermé les doigts trop généreux ,
En délivrant chacun d'un luxe dangereux.
Nous avons , à nous seuls , la force et la richesse ;
Nous pouvons employer la crainte et la largesse ;
Où celle-ci ne peut nous créer des amis ,
L'autre fait taire au moins les mécontents soumis.
D'ailleurs , où prendraitron un chef à la révolte ?
Le trouble étant semé' qui ferait ia récolte ?
Mon père a sagement pris ses précautions ,
Et d'avance coupé la tète aux factions.
Des noms^rop glorieux retranchant la menace ,
Il a , la serpe en main , taillé dans chaque race.
La maison de Numa n'est plus qu'un souvenir ; •
Celle d'Hostilius s'éteint sans rajeunir,
Et le sang du feu roi , tari jusqu'à sa source ,
N'a que Brute le fou pour dernière ressource,
SULPICE
Mais Valère peut-être
3EXTUS
Un honnête orateur !
— Qui s'amuse aux discours n'est pas conspirateur S'il se trouvait jamais quelqu'un qui fût à craindre , Sulpice , celui-là saura se taire et feindre.
Il poussera devant les plus aventureux ,
Et je garde ceux-ci pour voir par derrière eux.
— Mais laissons cet aspect d'une époque lointaine ; D'un objet plus présent mon âme est toute pleipe ,
Et ton zèle y sera bien mieux utilisé
Qu'à poursuivre le fil d'un complot supposé.
SULPICE
•Dites. Mon œil épie , et ma bouche insinue ; Ma main frappe à coup sûr.
SEXTUS
Lucrèce t'est connue , La femme de Tarquin Collatin ?
SULPICE
Oui , seigneur.
On l'estime partout un modèle d'honneur ; On la cite en exemple.
SEXTUS
Eh bien ! cet honneur même ,
Cette femme que tous admirent , — moi je l'aime.
Je l'aime , entends-tu bien ?
SULPICE
Vous, seigneur!
SEXTUS
Oui.
SULPICE
Mais quoi 1 D'elle qu'attendez-vous ?
SEXTUS
Rien d'elle ; tout de moi.