ESCLAVES
LA NOURRICE
Ne laissez pas ainsi pendre en paix vos fuseaux , Jeunes filles ; chargez de laine vos roseaux. Vous qui tressez les fils en croisant les aiguilles , Faites courir vos doigts ; hâtez-vous , jeunes filles ; Que la maille , ajoutée aux mailles , laisse voir Le tissu dans vos mains s'allongeant chaque soir.
— Hâtez-vous. Finissons cet habit militaire.
Le guerrier dort souvent sur une froide terre ; Ses membres sont glacés ; il lui faut la chaleur Que d'un bon' vêtement lui ménage l'ampleur.
Remplissez tour à tour et videz les corbeilles , Et nous pourrons après diminuer nos veilles.
— Cependant , dites-moi , — car j'ai l'esprit troublé— De ce qu'on fait au camp vous a-t-on pas parlé?
N'avez-vous rien appris? vous avez l'habitude D'apprendre plus que moi , qui vis en solitude. A-t-on vu Collatin? Parle-tK)n de combats?
Combien vont à la guerre et n'en reviennent pas 1 Quand donc Janus fermé , qui repeuple les villes , Rendra-t-il leurs époux aux épouses tranquilles ?
LA NOURRICE
Pourquoi vous alarmer? Croyez-moi, chère enfant, Vous reverrez bientôt Collatin triomphant.
Il reviendra , chargé d'une opulente proie Qui fera vivre ici l'abondance et la joie.
Romulus le protège ; et d'ailleurs les combats , Peu dangereux aux chefs , ne le sont qu'aux soldats.
Ah ! cet espoir est bon quand le chef est un lâche ; Mais Collatin n'est pas un homme qui se cache , Et de son déshonneur se faisant un rempart , * Abrite au dernier rang son prudent étendard.
Il est chef pour se battre à la place première ; A lui, plus qu'au soldat, la guerre est meurtrière; Et moi-même , après tout , j'aimerais mieux le voir Noblement mort, qu'en vie et traître à son devoir.
— Hélas ! c'est ce qui fait mon orgueil et ma crainte. De noirs pressentiments je me sens l'àme atteinte ; Des présages affreux viennent m'épouvanter.
— Nourrice , écoute bien , je vais tout te conter.
LA NOURRICE
Dites , ma chère enfant. Jamais ceux qui sont sages