ACTE IV
Ne doivent en effet mépriser les présages.
Hier, toute la nuit , une chienne a hurlé.
LA NOURRICE
C'est un signe de mort.
Et les vents ont sifOé , Et leurs funèbres voix , se traînant par la plaine , Gémissaient , par moment , comme une voix humaine.
LA NOURRICE
C'est un signe de deuil.
Et quoiqu'on plein hiver, Dans le ciel a passé la rougeur d'un éclair.
LA NOURRICE
C'est un signe de sang.
Signe trop manifeste !
Je recevrai bientôt un message funeste. •
LA NOURRICE
Non , non , pour Collatin vous craignez sans sujet. Présente est la menace et présent son objet.
— Nous protègent les dieux 1 Ici , c'est ici même
Que sur quelqu'un de nous plane l'heure suprême.
Ce matin , je sortais de ma chambre , et soudain La porte que j'ouvrais , me repoussant la main , Sans que par aucun vent elle parût chassée , S'est fermée ; et j'en fu& au pied gauche blessée.
• LA NOURRICE
Évitez de sortir. Ce choc doit présager
Que c'est par le dehors que viendra le danger.
Ah ! pour fuir le danger il n'est point de retraite ; Il pénètre avec nous dans la maison secrète.
— Écoute encor. J'ai fait un songe cette nuit , Sinistré , et dont l'horreur profonde me poursuit. — Tâche de l'expliquer, toi qui sais les traduire.
LA NOURRICE
Le songe nous 'arrive afin de nous instruire ,
Et Jupiter l'envoie , en avertissement ,
Comme un avant-coureur d'un grand événement.
Les vrais songes, sortis de la porte de corne,
Pour longtemps , après eux , laissent notre esprit morne;
On les distingue ainsi des songes qui sont vains ,
Et leur secret langage est connu des devins.
Mr 'nère apprit cet art de savants interprètes ,
Lorsque nous habitions le pays des Curètcs;
Elle me l'a transmis en ces temps , déjà vieux .
Où je m'asseyais libre au foyer* des aïeux.