ACTE IV
Deux et trois fois heureuse une telle visite !
— Que savez-vous de lui , Sextus ? dites-moi vite.
SEXTUS
J'ai hâte de répondre à cet empressement ;
— Mais faites retirer vos femmes un moment.
Nous devons être seuls.
LUCRÈCE, à la nourrice.
Laisse-nous donc , nourrice ; Emmène en même temps les femmes.
SEXTUS, à Sulpice.
Sors, Sulpice.
Tous sortent excepté Lucrèce frt Sextus.
SCbNE III.
i • LUCRÈCE, SEXTUS.
J'écoute maintenant.
SEXTUS
Fortuné Collatin!
Qu'il doit remercier le généreux destin !
Que peut-on désirer en ce monde, ô Lucrèce , Quand on a votre amour, la suprême richesse 1 Que Collatin absent doit doucement songer A votre cœur qui bat au -bruit de sou danger,
Qui , tout entier, le suit au milieu des alarmes, Préparant au blessé le baume de ses larmes , Et du vainqueur joyeui^ caressant le retour.
Par des soins délassants et des propos d'amour !
— Oh ! que j'échangerais le royal diadème Contre un tendre regard de la femme que j'aime. Et la robe de pourpre et l'appareil des rois Contre ce simple habit qu'auraient filé vos doigts I S'il m'eût été donné d'avoir ce bonheur rare , Comme j'en jouirais en possesseur avare î
Ce ne serait pas moi qu'on verrait employer, Dans les loisirs des camps , les jours dus au foyer.
Un Romain doit aller où Rome le demande , Sextus , et tout quitter quand le pays commande. Ainsi fait CoUatin , et c'est dignement fait..
— Mais ne parliez-vous pas d'un message?
SEXTUS
En effet. - Je m'en souviens. — J'avais perdu toute mémoire ; Car je suis plus troublé que vous ne sauriez croire.
— Lucrèce ! J'admire et j'envie à la fois
Et tout ce que j'entends et tout ce que je vois : Cet aspect imposant du vestibule antique , Familier à Vesta , la déesse pudique ; Ce foyer solitaire , où nul bruit de gaîté Des lares paternels n'émeut la gravité ; Ces corbeilles , ce lin , la lampe sérieuse Qui dérobe au sommeil l'heure laborieuse ,