‹ Théâtre completChapitre 48 sur 252 · ACTE III. 7S · texte numérisé non relu

ACTE III. 7S

Cependant que Pallas , assise près de vous , Contemple vos travaux avec un œil jaloux , Et craint , en vous voyant et si sage et si belle , Que Ton n'adore un jour une Pallas nouvelle.

— Que vous dirai-je enfin ? Plein d'un respect pieux , Je me crois dans un te^piple occupé par des Dieux, Et vous m'apparaissez , dans la foule divine , Comme une reine auguste , et dont le front domine.

Mais mon mari, Sextus? — Vous venez en son nom ; Parlez de mon mari ; — que veut-il?

Eh bien ! non.

— Je ne viens pas pour lui.

LUcnàcE.

Que venez-vous donc faire?

Et que m'avez-vous dit?

SEXTUS

Qu'une importante affaire...

— Mais non , c'est trop tarder. — Que ma fait CoUatin , Et l'armée , et les chefs , et Borne , et son destin !

Je ne connais ici que vous et que moi-même.

— Je viens vers vous... je viens... parce que je vous aime.

Âh ! dieux immortels 1

n LUCRÈCE.

SBXTUS.

Oui , je vous aime ; souffrez Que je m'explique enfin , et vous me jugerez. — Je vous aime , du jour qui m'a rendu votre hôte. CoUatin m'amena ; ce ne fut pas fna faute.

J'ignorerais encor, sans son fatal orgueil , Quels bouleversements peut produire un coup d'œil. Votre image me suit ; ma mémoire obstinée Partout m'offre Lucrèce , au travail adonnée ; Absente je vous ^ois comme je vous vois là ; Je ne vois plus que vous. Au point où me voilà , A faire effort sur moi mes luttes seraient vaines. Je n'y puis rien. Vénus a pénétré mes veines. Pareil au loup blessé par l'épieu du chasseur, J'emporte, en le mordant, un trait morC^ au ccBur; Et je comprends , au feu dont tout mon sang s'allume , Qu'il faut, ou qu'on l'apaise , ou bien qu'il me consume,

Lucrèce fait un mouvement comme pour parler.

— Ne vous indignez pas, Lucrèce; j'ai compris

Qu'un amour clandestin n'aurait que vos mépris.

Vous êtes trop sincère , et votre àme est trop haute,

Pour l'art humiliant de cacher une faute.

Mais voici mon dessein : Rome a besoin de bras ;

Un hymen infécond l'appauvrit en soldats ;

Votre stérilité se prêtant au divorce ,

Tarquin à votre époux le dictera de force ,

Et rompra ces liens , au pay$ odieux ,

D'où Lucine ennemie a détourné les yeux.

Tous deux libres alors par un divorce double ,

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