ACTE I
PHILIPPE
Ah ! la magicienne Qui me prend mon armée , et la rend toute sienne ! De tous mes chevalftrs je crois qu'il n'en est point Qui , sur un mot d'Agnès , ne mît la lance au poing , Et , laissant là Philippe et sa guerre importune , Où l'enverrait Agnès n'allât tenter fortune.
Certes , madame Hélène , elle dont les beaux yeux Étaient doués pourtant d'un pouvoir merveilleux, Puisque les chevaliers de Troie et de la Grèce , Pour être bien vus d'elle , ont fait mainte prouesse , Hélène eut moins d'empire. — Aussi bien , savez-vous , Madame , que j'ai lieu d'en être un peu jaloux ? Quand nous sommes ensemble , à peine on vous à vue, D'un murmure flatteur c'est vous que l'on salue ; Votre chiffre est partout ; il n'est dans les tournois Pas de prix^envié , s'il ne vient de vos doigts ; Enfin , dans mes États tel est votre ravage , Que par vous mes vassaux sont mis en esclavage. — Mais de quoi me plaindrais-je , alors que le premier, Moi-même, je subis ce charme coutumier?
Paraisse donc Agnès , puisque mon entreprise Attend que d'un regard Agnès la favorise !
AGNÈS
Soyez bénis de Dieu , peuples hospitaliers , Noble France , pays des courtois chevaliers ! Que leur amour est doijx à ma reconnaissance ! Que ne suis-je une fée , ayant toute puissance 1
Je voudrais , favorable à leurs moindres souhaits , Payer leur courtoisie à force de bienfaits.
PHILIPPE
Allons, Madame!
Philippe donne la main à A^ès et la conduit vers les portes du palais, qui sont ouvertes par les pages. On aperçoit la cour, pleine de oheraliers, qui saluent le Roi et la Reine.— Un moine trayerse les rangs , et arrive sur la scène , suivi de quelques barons.