‹ Théâtre completChapitre 72 sur 252 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

A-t-il pendant cinq ans accepté la sentence?

Pourquoi n'a-t-on rien dit , quand j'allais m'engager ? Qu'est-ce qu'on attendait alors pour me juger? Quel est ce jeu ! d'où vient cette atroce folie D'attaquer maintenant l'union accomplie !

LE MOINE

Sire , c'était du temps du pape Célestin ; Vénérable vieillard , mais pontife incertain , D'une main , où tremblait sa foudre moribonde , Il n'osait affronter un des puissants du monde. — Ce pontife n'est plus , et , depuis quelques mois , Le saint-siége appartient au pape Innocent-Trois. Or, le pape nouveau , gardien du mariage , Ne supportera pas que personne l'outrage , Et ne s'occupera d'amis ni d'ennemis , Pour défendre les droits qui lui furent commis. Jl ne sait pas non plus laquelle , au fond de l'âme , D'Ingelberge ou d'Agnès , est la plus digne femme ; Mais il n'est pas besoin d'un plus ample examen ; Ingelberge , à ses yeux , représente l'hymen. Devant cet intérêt , tout sentiment s'efface. L*èpouse est toujours plus que celle qui la chasse , Et grâces , ni beauté , ni vertus même , rien Ne peut donner un droit qui soit égal au sien.

Madame , cette place est la place d'une autre , N'usurpez plus , Madame , un rang qui n'est pas vôtre

A Philippe.

Sire, renvoyez-la; le temps est arrivé.

Brisez le cœur, pourvu que l'hymen soit sauvé. C'est un sublime effort que le Saint-Père exige ; Mais vous devez savoir que la couronne oblige ; Et le pape voudrait vOus en laisser l'honneur, Plutôt *que de sévir, s'il le fallait , Seigneur.

PHILIPPE

Par le ciel 1 c'en est trop ! qu'il sévisse , s'il l'ose ! Je ne le crains, ni lui , ni ce qu'il se propose. — Me séparer d'Agnès , ô moine insensé ! — Tiens : Va conseiller aux Turcs de se faire chrétiens ! Porte à Malek-Adhel la crosse d'archevêque ; Va proposer au pape un voyage à la Mecque ; Tu parviendras plutôt à les persuader.

Qu'à cet acte inouï qu'on m'ose demander 1

A Agnès.

Ne baissez pas la tète , et n'ayez peur. Madame.

Je suis le roi Philippe , et vous êtes ma femme.

Restez dans ce palais , car vous êtes chez vous ,

Sous la protection de votre noble époux. '

— Je n'en crois pas mes yeux ! Voici le Roi , nous sommes

Dans notre capitale , au milieu de nos hommes ;

Notre armée est ici ; le bruit de nos clairons

Fera luire au soleil des milliers d'éperons ;

Voici ce moine ; — eh bien ! l'effronterie est grande !

C'est au Roi couronné le moine qui commande !

LE MOINE

Sire , je çijis un moine , et vous êtes un roi ;

Mais , quand je parle au nom de la divine loi ,

Je suis l'élu de Dieu; vous, vous n'èlês qu'un homme.

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