ACTE I
Je te reconnais bien , ô doctrine de Rome !
C'est bien là cet orgueil colossal , ces façons De régenter les rois , comme petits garçons !
— A mes propres aïeux Rome doit sa puissance ; Que n'ont-ils étouffé le monstre à sa naissance ! Charlemagne aujourd'hui demanderait pardon D'avoir au genre humain fait un semblable don. ' Après lui , tous nos rois ont mérité qu'on dise Qu'ils étaient les aînés des enfants de l'Église ; Moi-même , pour la croix , j'ai quitté mes États , Épuisé mes trésors et mes meilleurs soldats , Allumé dans mes os les ardeurs de la peste ,
Et voilà cependant , voilà ce qui m'en reste !
LE MOINE
Le Sainfr-Père n'est point ingrat ; il reconnaît Tout ce que vos aïeux et vous-même avez fait ; Mais , quand il rend justice , afin qu'elle soit bonne , Il regarde la cause et non pas la personne.
— Écoutez : moi , légat , je vous parle en son lieu : Le pape , serviteur des serviteurs de Dieu , Seigneur Roi des Français , annule ton divorce - Comme injuste, sans cause, arraché par la force, Et par suite , il t'enjoint de rappeler céans ,
Et de traiter avec les égards bienséants , En femme légitime , et royale personne ,
— Ingelberge.
PHILIPPP
Ah ! vraiment !
120 AGNÈS DE MËRANIE.
LE MOINE
£t de plus il t'ordonne De bannir de chez toi la concubine Agnès.
Sa concubine I
AGNES
PHILIPPE
Et si , moi , je m'en abstenais?
LE MOINE
Lorsque s'accomplira la deuxième semaine , Je mcjttrai l'interdit sur ton royal domaine.
— Connais-tu l'interdit? Sais-tu quels résultats Arrêteront la vie au cœur de tes États ?
Les évêques , — sur toi que ce malheur retombe ! —
Fermeront aux vivants l'église , aux morts la tombo ;
Plus d'office divin ; plus d'absolution ;
Plus rien , sauf le baptême et l'extrême- onction ;
Le travail chômera ; le père de famille
Ne pourra fiancer ni marier sa fille ;
Les enfants garderont chez eux leurs pères morts
Dont le terrain sacré rejettera le corps ;
Tous enfin , tes sujets , ta complice , et toi-même ,
Serez enveloppés dans un vaste anathème ;
Et quant aux fils d'Agnès , ils seront déclarés
Bâtards , dans l'adultère et la honte engendrés ;
A défaut d'autres fils , que s'éteigne ta race !
— Toi mort , un étranger occupera ta place l