ACTE IT
Madame ; autant que vous , j'aurais le cœur navré. Épargnez-nous tous deux. — Faites à votre gré.
AGNES
Répondez 1 répondez ! — Je veux l'avis de l'homme Que , pour sa loyauté , tout le pays renomme. La Reine vous en prie , — et Tordonne , s'il faut.
GUILLAUME
Si ma fille était reine , à ma fille aussitôt J'irais dire : — Madame , il faut sortir de France.
AGNÈS
Quoi ! le Roi le veut-il? Est-ce son espérance ?
GUILLAUME
Non pas , Madame. — Au Roi j'ai^onné ce conseil.
AGNÈS
Vous !
GUILLAUME
Pour ma propre fillo il eût été pareil.
Mais ce conseil l'a mis en colère si grande , Que je n'espère pas que jamais il s'y rende.
AGNÈS
Ah!
GUILLAUME
Il cherche ardemment à se persuader Que son honneur royal lui défend de céder.
AGNÈS. I
Mais s'il avait raison? i
GUILLAUME
Cest une vaine excuse , Et je suis convaincu qu'en lui-même il s'accuse. — Vous l'avez demandé , Madame , sachez tout : Un malheur est prochain , car le peuple est à bout. i
AGNÈS
Grand Dieu !
GUILLAUME
Le Roi perdra son trône à vous défendre ; — Maîtresse d'y rester, c'est à vous d'en descendre. A vous seule , Madame , appartient aujourd'hui De sauver le royaume^ et le Roi malgré lui.
— Or, si vous vous sentez une vertu si fière , Fuyez secrètement chez le duc votre père.
AGNÈS
Fuir ! secrètement fuir ! — et que dirait le Roi ! — Et mes enfants! — Oh! non. C'est trop vouloir de moi. Vous devez vous tromper ; je le sens dans mon âme. Non , vraiment ; ce n'est pas la vertu d'une femme De quitter son époux et ses enfants trahis.
— Et pourquoi ? Qu'ai-je fait contre votre pays ? Est-ce ma faute , si , cherchant une compagne , Votre roi m'appela du fond de l'Allemagne ?
Mon père , et non pas moi , disposa de ma main ;