ACTE II
L'Église consacra notre parfait hymen ; Est-ce ma faute à moi , si maintenant je l'aime Celui que m'ont donné mon père et Dieu lui-même ? Je ne demandais rien , que de pouvoir l'aimer, De voir mes enfants croître, et leurs mœurs se former ; Des femmes c'est partout l'existence commune ; Pourquoi m'enlève-t-on ce qu'on laisse à chacune? Pour être Reine , hélas ! — n'est-on pas femme aussi ?
— Ah ! votre royauté ! là n'est pas mon souci ; Laissez-moi ce que j'aime , et venez me la prendre ; Que volontairement je suis prête à la rendre ! Mais mon mari , mes fils , je ne les cède pas ;
Voilà mon peuple à moi; leurs cœurs sont mes Étatâ; Et je m'y maintiendrai , de toute ma constance , Car le droit éternel est pour ma résists^nce.
GUILLAUME
C'est comme il vous plaira , Madame ; examinez Les raisons en vous-même , et vous déterminez.
AGNÈS
Ah î Guillaume ! Combien je vivais satisfaite ! Quand il était à moi , c'étaient mes jours de fête , Et , s'il était absent , j'avais encor plaisir A voir jusqu'au retour les instants s'accourcir.
— Mais ne plus l'espérer ! Nourrir la certitude Que ce sera toujours la même solitude !
Ah! ciel! — Et comment donc trouverais-je l'emploi Des jours qui se suivraient ,'sans l'approcher de moi, Et qui , me promettant après eux leurs semblables , Croîtraient toujours plus longs et plus insupportables!
— Vous ne savez pas , vous , qui guerroyez toujours , Ce que souffre une femme atteinte en ses amours ; Sinon vous auriez eu pitié de mes tortures ;
Vous ne m'auriez pas dit des paroles si dures. Mais vous vous repaissez de carnage et de sang ; Que vous importe alors un cœur tout frémissant ! Ce qui ne saigne pas vous paraît insensible ; Votre seul sentiment est l'orgueil inflexible ; Immolant tout , sans peine , à ce maître jaloux , Vous jugez rudement les autres d'après vous.
— Eh bien 1 moi , pour ma part , vous m'aurez mal jugée.
GUILLAUME
Oh ! si , je vous comprends , pauvre femme affligée !
Aucun de vos sai^lots dans mon sein ne se perd ,
Et de ma vie encor je n'avais tant souffert.
Dieu sait qu'au prix du sang qui reste dans mes veines,
Je n'hésiterais pas à racheter vos peines.
Pour la première fois j'accuse la vertu ;
— Pourtant elle est plus belle , ayant bien combattjl.
AGNÈS
Philippe est malheureux , et moi j'en suis la cause ! Philippe est en danger, et c'est moi qui l'expose ! Ne le disiez-vous pas ? — Allez , Guillaume ; adieu. Je sais ce qu'il fallait savoir. — Faites , mon Dieu , Ou mon épreuve moindre , ou mon âme endurcie l
A Goillaame.
— J*emporte vos conseils , et vous en remercie.
FIN DU DBUXlèME ACTE.
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