‹ Théâtre completChapitre 118 sur 146 · SCÈNE YI MARIANNE, ANSELME · texte numérisé non relu

SCÈNE YI MARIANNE, ANSELME

ANSELME, inquiet et reganiant sortir Herraaa.

OÙ est Juliette?

MAHIANNi:, montrant la gauche.

Là, dans la serre. Elle choisit des fleurs pour ce soir; oh! je ne la perds pas de vue... Et toi non plus, à ce qu'il parait?

ANSELME

Moi? Non.

Si fait, tu as remarqué quelque chose, puisque tu me demandais...

ANSELME, remontant le pupitre au fond.

Non, vrai, je n'en sais rien;... mais je crains... je m'imagine...

MARIANNE

Et tu as "raison; Herman aime ta sœur. C'est de cela justement que je venais te parler. Ah! quelle angoisse, mon enfant ! N'était-ce pas assez pour moi d'avoir à veiller sur ton pauvre père !

ANSELME

Mais mon père n'est plus malade, physiquement du moins ; le trouble moral semble se dissiper...

MARIANNE

Oui, à la condition qu'on n'en réveillera pas la cause. Mais, ce matin encore, à propos de la Sainte-Cécile, j'ai essayé de ramener son esprit; il a fait de grands eff"orLs de mémoire... il ne paraissait pas souffrir, Tout à coup il est devenu' pâle, il a eu un tremblement nerveux... J'ai cru qu'il allait s'évanouir encore! Je me suis empressée de le distraire; mais je vois bien que le moment n'est pas encore venu ! Et puis que faire? où aller? Sans état, sans ressources...

ANSELME

N'as-tu pas les miennes? C'est de quoi faire le voyage, nous'établir et attendre.

MARIANNE

Hélas! faut-il te dépouiller...?

ANSELME

Mère! tu ne l'as plus, ce que je t'ai apporté! Si tu l'avais

encore, tu ne me forais pas l'injure de me refuser... Ou bien, je croirais que tu ne m'estimes plus!...

MARIANNE, l'embrassant.

Tais-toi! tais-toi! mauvaise tête bien-aimée! ne plus t'estimer! Est-ce qu'on dit de ces choses-là?

ANSELME

Pardonne-moi, mais conviens que tu ne l'as plus, notre petite fortune. Mon père...

MARIANNE

Oui, ton père l'a trouvée et donnée.

ANSELME

Mon bon père! il se croit riche!... C'était un an de travail. Eh bien, cela lui a procuré un moment de bonheur 1 Ne le regrettons pas ! J'emprunterai... à Frantz!... Je suis sûr de pouvoir lui rendre bientôt... et nous nous en irons, avant que Juliette se doute...

MARIANNE

Il est trop tard, va! Juliette sait déjà qu'elle est aimée.

ANSELME

Déjà! et comment donc?

MARIANNE

Je l'ignore; mais je t'assure que, d'aujourd'hui, elle le sait.

ANSELME

Elle t'en a parlé?

Hélas! non: mais tout à l'heure, comme nous étions ensemble dans la serre, vous passiez dans le jardin, Herman et toi ; elle s'est penchée dehors, et, quand elle s'est retournée vers moi... elle n'était plus la même; il y avait dans ses yeux, dans sa voix, dans tout son être, quelque chose gui m'a épouvantée.

ANSELME

Alors... il faut qu'elle s'éloigne d'ici... avec moi... Oui, je l'emmènerai ; nous dirons à mon père qu'elle le désire.

MARIANNE

Le séparer d'elle!... Ah! c'est bien cruel pour nous tous!

ANSELME

Dans quelques semaines, qui sait? dans quelques jours, \ous pourrez venir nous rejoindre... Allons, ma bonne mère, du courage!

MARIANNE

Oui, oui, tu as raison, je vais parler à ta sœur.

Us vont ensemble vers le fond.

ANSELME, regardant à gauche.

Que fait-elle donc? Elle est assise! elle rêve !

MARIANNE, regardant aussi.

Elle tient un crayon; elle dessine une fleur? Non! elle relit une lettre... Ah! elle écrit! Pourquoi? A qui écrit-elle?

ANSELME

Elle se lève !... elle vient!... Tâche de savoir... Je vous laisse ensemble...

Il sort par le fond, à droite.

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