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SCÈNE YII MARIANNE, puis JULIETTE

MARIANNE, restée vers la porte de gauche et regardant toujours. Elle s'arrête... elle essuie ses yeux... elle pleurait!... (Revenant.) Oh! mon Dieu! elle l'aime! Pauvre ange!... Il est si doux, le premier sourire de l'amour dans une âme pure! et celui qui, tout à l'heure, te faisait si radieuse et si belle, est déjà voilé par les larmes! Le premier soleil, le premier beau jour de ta vie!... je ne peux pas te le laisser! il faut que je dissipe tes illusions, et que j'étouffe en toi le premier frémissement du bonheur! Ah! qu'elle est rude, la tâche des mères!

Elle tombe accablée sur un siège. Juliette entre. Marianne, pour lui cacher son émotion, ouvre uq cahier de musique et feint de corriger une

copie.

JULIETTE

Ah ! tu es toute seule, maman? Je te croyais avec Anselme.

2GC THKATl^E COMPLET DE OEOKGE SAND

MARIANNE

Tu es restée bien longtemps dans la serre?

JULIETTE

Je t'attendais!

MARIANNE

Je n'ai pas voulu te déranger, je te voyais si occupée..

JULIETTE, interdite.

Tu me voyais?

MARIANNE

Oui, écrire sur ton genou... Ferais-tu des vers, par hasard ?

JULIETTE, avec un sourire forcé.

Des vers?... Précisément! j'ai essayé d'en faire pour Cécile, la nièce de Frantz; c'est sa fête!...

MARIANNE

Vraiment ! Voyons-les donc.

JULIETTE

Oh! c'était trop mauvais, je lésai déchirés.

MARIANNE

Non! tu viens de les mettre dans ta poche... Eh bien, qu'as-tu?

JULIETTE, tremblante.

Ah! maman!,..

Elle va îi sa mère.

MARIANNE

Quoi donc, ma chérie? Parle.

JULIETTE

Ce n'est rien... une envie de pleurer... je ne sais pas pourquoi.

MARIANNE

Ni moi non plus.

Elle se remet à écrire.

JULIETTE, après lin moment d'hésitalion.

l\[aman !

iMARIANNE, un peu froide, avec effort.

I\ra fille?

MAITRE FATTLLA 2G7

JULIETTE, à SCS pieds.

Tu semblés mécontente de moi!

MARIANNE

Es-tu mécontente de toi-ntième ?

JULIETTE

Oui, bien mécontente, parce que je vous cache quelque chose ; et cependant, Dieu m'est témoin que c'est la crainte do vous inquiéter... vous, déjà si tourmentée... qui me fait hésiter à vous dire.,.

MARIANNE

Ce que je sais déjà... Quelqu'un t'a écrit.

JULIETTE

Ah! vous le saviez?.., M. Herman...

MARIANNE, la relevant.

Je sais que M. Herman est riche, et qu'il n'épousera pas Juliette, parce qu'elle est pauvre.

JULIETTE

•Cependant, il croit.,. Lis sa lettre, maman.

MARIANNE

Quelle qu'elle soit, elle dsV Coupable, puisqu'elle t'a été remise à mon insu.

JULIETTE

Remise? Oh! je ne l'aurais pds reçue ! Je l'ai trouvée dans mon voile, que j'avais laissé au jardin.

C'est d'autant plus mal dé la part de ce jeune homme... de vouloir surprendre ainsi ta bonne foi! Je l'estimais, pourtant; ton frère l'aimait...

JULIETTE

Et mon père! mon père l'aime de tout son cœur!

MARIANNE

Et, pour nous remercier de notre confiance, il nous trahit! il cherche à faire entrer chez nous la honte et le désespoir! Et toi, pauvre fille innocente, comment as-tu pu mériter un pareil outrage? toi qui n'es ni coquette, ni vaine; toi qui es

fière comme la vertu, et que personne encore n'avait osé regarder sans respect?

JULIETTE

Ah ! ma mère, tu as raison ; son amour est une offense, et je dois en être humiliée!

BIARIANNE.

Tu le lui as fait sentir dans ta réponse?

JULIETTE, confuse.

Ma réponse! (Elle hésite encore, regarde sa mère, et lui remet une autre lettre qu'elle avait dans sa poche.) Vois, maman! lis! Si tu ne la trouves pas assez sévère, je recommencerai ; tu me dicteras.

MARIANNE, jetant les yeux sur la lettre. Elle me paraît bien ; veux-tu que je la lui remette? Il croira peut-être que c'est moi qui te contrains.

JULIETTE

Tu penses que je ferais mieux de ne pas répondre I

Cela me paraîtrait plus fier, plus digne de toi... Est-ce ton avis?

JULIETTE

Oh! certainement !

MARIANNE

Mais cela ne suffira peut-être pas pour lui ôter l'espoir offensant qu'il a de te plaire. Peut-être seras-tu forcée de t'éloigner pour quelque temps.

JULIETTE

M'éloigner de...? Pas de toi, j'espère!... (Apercevant Herman au fond et tressaillant.) Ah!

MARIANNE, l'observant.

Va rejoindre ton frère, il te dira... Passe par ici. (Elle montre la gauche ; pendant qu'elle sort, sa mère va précipitamment brûler sa lettre à, la cheminée, en disant.) Ne faisons pas d'erreur!

Herman entre.

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