‹ Théâtre completChapitre 121 sur 146 · SCÈNE X KELLER, MARIANNE · texte numérisé non relu

SCÈNE X KELLER, MARIANNE

MARIANNE

Moi, monsieur, je ne m'abuse pas, veuillez le croire... KELLER lui offre un fauteuil, où Marianne s'assied, puis il va prendre une chaise et vient près d elle.

Voyons, voyons, ma chère dame ! nous ne sommes pas des

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enfants, nous antres... Bien que vous soyez encore jeune... et. belle, vous avez de la raison... de la fierté même Je sais cela ! La petite est sage, bien élevée; votre fils est un honnête garçon... Votre mari a une lubie, mais ça ne l'empêche pas d'être une compagnie agréable pour moi de temps en temps... Oui, vous êtes tous de braves gens ; mais convenez que c'est bien difficile d'entendre à ce mariage-là.

Mais, monsieur, c'est parce que je le regarde comme impossible...

KELLER

Impossible, impossible... Ce n'est pas comme ça qu'il faut dire. Herman est dans la fièvre... Dame! je comprends ça, moi... il a une tête si exaltée!... il tient de moi. Ma foi. je n'ai pas eu le courage de lui dire non; je lui ai dit : « Patience, il faut voir!... » Soyez prudente aussi, ma petite dame. II ne faut jamais brusquer ouvertement les folies de la jeunesse. Qu'est-ce que ça nous fait, de miénager un peu nos expressions?

MARIANNE

Quoi! monsieur, vous voudriez tromper ce jeune homme?

KELLER

Le grand mal ! votre fille n'y risque rien, vous êtes sûre de sa vertu... Dites-lui de prendre ça en riant, de ne pas y attacher d'importance. Voilà ce que le bon sens conseille^ il me semble. Moi, je n'ai pas vos talents, votre esprit; mais je suis pour le bon sens, et, si vous voulez voir les choses comme elles sont...

MARIANNE

Je ne les vois que trop ainsi, monsieur; c'est pour cela...

KELLER, graciousement.

Non! vous ne les voj^ez pas toutes! On pourrait ne jamais se quitter si... et môme, mafoi, qui sait? ce mariage.. .A force d'amitié, on se fait des concessions ! et, si Herman persistait, plutôt que de me séparer de vous Je...

272 THEATRE COMPLET DE GEORGE SAND MARIANNE, surprise.

De moi?...

KELLER, embarrasse.

De... vous autres!... Je ne m'ennuie pas mal ici, moi, et votre compagnie ne me ruine pas ; vous y mettez une discrétion... et je m'attaclie à vous d'une manière... étonnante!... Allons!... ça ne peut pas vous fâcher.

MARIANNE, se levant.

J^oin de là, monsieur; nous sommes reconnaissants de vos bontés...

KELLER

Eh bien, alors, sapristi!... je ne peux pas... vous ne pouvez pas trouver mauvais que... et puis... enfin... Mais c'est égal, vous voyez bien que... moi, ma foi, j'en perds la tête... Oui, croyez bien que... il y a des sentiments qui... des sentiments... (il lui baise la main; à part, en s'en allant.) Ah ! ça n'est pas trop mal tourné !

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