SCÈNE II Les Mêmes, HERMAN
HERMAN
Un mot, un seul mot, mademoiselle!...
FRANTZ
Sa mère l'attend, monsieur!... et je ne dois pas... je ne veux pas la quitter.
HERMAN
Ah! c'est justement votre présence qui m'encourage, monsieur Frantz; j'ai à cœur de montrer que je ne mérite pas la méfiance cruelle qu'on me témoigne. La sienne me tue ! Non, je ne peux pas m'y soumettre !
FRANTZ
Ce n'est pas de la méfiance, monsieur; on vous sait noble et sincère ; mais vous êtes jeune, et vous vous faites illusion!
Non! non! vous dis-je... Mon père m'a donné sa parole, et il l'aurait tenue, si la signora Marianne n'eût formellement refusé de l'entendre; c'est elle qui repousse mes prières.
FRANTZ
Ce n'est pas elle seule, c'est Juliette aussi ! (Bas, à Juliette.) Dites donc un mot qui en finisse !
HERMAN, qui devine son intention.
Oh ! ne dites pas que c'est vous aussi, mademoiselle ! Ayez pitié de moi! laissez-moi partir avec la pensée que, si vous m'aviez mieux connu, j'emporterais au moins votre estime !
JULIETTE
Partir?... vous voulez...?
HERMAN
Oui, oui, certes! celui qui doit quitter Muhldorf, c'est moi;
je ne veux pas que votre père soit malheureux par ma faute, et qu'il aille chercher l'incertitude et les fatigues d'une vie errante. Puisque l'on doute de ma parole, puisque mon amour semble une offense, je m'en vais à l'instant même I
JULIETTE
Ah! vous avez bien mauvaise opinion de nous, si vous croyez que nous consentirions à vous chasser d'ici I
HERMAN
J'aurai un prétexte pour m'absenter sans alarmer la délicatesse de vos parents; Frantz comprend qu'il doit me garder le secret, et vous le devez encore plus que lui. Ne voyez-vous pas que l'épreuve de ce soir va être terrible pour maître Favilla, et que l'arracher d'ici en ce moment, c'est briser son cœur, sa raison ou sa vie !
FRA\TZ
Eh bien, vous avez eu là une idée généreuse et sage, monsieur Ilerman; et je crois que, pour quelques jours encore, Juliette doit accepter...
JULIETTE
Oui, oui, j'accepte avec reconnaissance... pour quelques jours seulement.
HERMAN
Pour toujours, Juliette, si vous ne m'aimez pas ! Ah! si j'avais quelque espoir de ce côté, je me dirais que vous fléchirez votre mère, et que, quand mon père aura parlé... Mais je vois bien que vous ne croyez pas en moi, et la vie m'est odieuse.
FRANTZ
Oh! monsieur Herman, que dites-vous là? C'est mal.
HERMAN
Ne pensez pas que ce soit une menace ! non, je ne suis pas une âme faible! je dois vivre, je vivrai pour celui qui, un jour, aura besoin de moi ; m?is, à présent, il faut que je m'enfuie... loin, bien loin de ce pays, de ce milieu où tout me rappellerait mon rêve évanoui et mon espérance brisée! Adieu, Frantz ; je vous connais depuis peu de temps, mais je
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VOUS respecte comme vous )e méritez ; je vous confie donc le soin de câliner lés inquiétudes dé rnon père...''et celui de mettre à l'abri du reproche le souvenir d'un malheureux qui n'a pas su se faire aimer.
JULIETTE. Herman !,.. (Frantz fait un mouvement pour la faire taire.) Je VOUS aime !
FRANTZ
Taisez-vous 1
HERMAN
Oh ! mon Dieu I
JULIETTE, avec enthousiasme, à Frantz.
Ne craignez rien ! (a Herman.) Je vous aime d'une amitié sainte que ma mère elle-même ne voudra pas combattre dans mon cœur en apprenant à vous connaître. Oh ! je veux lui dire tout! et elle aussi vous bénira en secret!... Oubliez un rêve qui ne peut se réaliser, mais gardez, pour revenir ici quand nous n'y serons plus, une certitude profonde : c'est que vous avez en moi une sœur qui a foi en vous, et qui priera pour vous tous les jours de sa vie. Adieu, Herman ! adieu pour toujours! mais que mon image reste en vous, pure
comme cette fleur (elle lui donne une fleur qu'elle a gardée dans sa
main), douce comme le parfum d'un souvenir béni ! HERMAN, recevant la fleur à genoux.
Juliette! ô Juliette 1
FRANTZ, entraînant Juliette.
M. Relier 1 Allons, venez ! venez !
Ils sortent par le fond.