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SCÈNE IV KELLER, puis MARIANNE

KELLER

Hein! cette femme-là m'intimide... c'est singulier... J'ai été trop loin, à ce qu'il paraît... Je ne croyais pas que... Allons, je vais essayer de tout réparer!,.'. Ah! c'est là qu'il me faudrait des allures de geiililhomine !

MAUIANNE, venant du foud , et voyant Kcller, qui s'est un peu

effacé pour la laisser entrer sans mOfiance. Pardon, monsieur...

Elle veut se retirer.

KELLER, barrant la sortie, sans affectation.

Oh ! soyez sans inquiétude, madame ! Écoutez-moi ; je ne

suis pas un séducteur, que dialjle ! loin de là !... je suis si

gauche, que je ne me suis pas fait comprendre tantôt. Vous

aurez cru...

MARIANNE

N'en parlons plus, monsieur; je vous fais ici mes adieux, et j'accepte vos excuses.

KELLER

Mes excuses?... Je ne crois pas- avoir été inconvenant; et vos adieux, ,. je n'en veux pas.

MARIANNE

Pardonnez-moi... nous ne vous demandons plus qu'une heure, pour accomplir ici un dernier devoir; après quoi...

Comment! ce soir? ce soir même?... sans vouloir entendre à rien? Ce n'est pas votre dernier mot! Et votre lille, vous ne l'aimez donc pas ?

MARIANNE, avec fermeté.

Monsieur Keller, me demandez-vous la main de ma lille pour votre fils? Répondez.

KELLER, souriant.

Ahl enfin! convenez que vous ne me refuseriez pas...

MARIANNE

Répondez, je vous en prie.

■ KELLER

Répondez!,., répondez!... Vous me faites perdre la tête, et je ne peux pas m'expliquer comme ça... Vous avez une manière de traiter les allaires sérieuses, vous autres ! Je ne suis pas un poëto, moi, un bel. esprit, pour faire deviner... des sentiments...

MARIANNE

Vous voyez bien, monsieur, que j'avais compris, et ce qui eût dû vous le prouver, c'est mon empressement à quitter votre maison.

KELLER^ avec une certaine fatuité.

Ah! alors, ce n'est pas à cause de mon fils?... c'est à cause de moi ?...

MARIANNE

C'est pour ces deux causes^ monsieur; l'une, dangereuse; l'autre,... je ne veux pas dire outrageante, mais ridicule !

KELLER, avec dépit.

Outrageante!... ridicule!... Voilà les gros mots, tout de suite ! Qu'est-ce qu'il y a donc de ridicule à rendre hommage à la beauté? On n'est pas un homme immoral pour cela, et je ne vous ai fait aucun outrage ; je n'ai pas de mauvaises manières... avec les personnes distinguées; je me suis exprimé délicatement... Irès-délicatement ! Et, ma foi! vous vous gendarmez bien mal à propos, je trouve.

MARIANNE, haussant les épaules.

Ne parlez pas si haut, monsieur, on pourrait vous entendre !

KELLER

Eh bien, dirait-on pas que je dois avoir peur de quelqu'un ? Il y aurait là cent personnes, que je vous dirais de- . vant elles... (iMananne s'en va) que VOUS faites, ma foi, la prude bien mal à propos !

Marianne est sortie par la gauche, sans écouler la fia de la phrase et « sans voir Anselme, qui entre par le fond.

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