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SCÈNE II Les l^IÊMES, ApBIE

ADRIEN, à Stéphens. Il est en uniforme d'enseigne de marine. II pose sa valise, son manteau et son chapeau sur la table, sans faire attention à Daniel. II e«t entré par la droite.

Eh bien, est-elle partie?

STÉPHENS.

C'est fait. '■ ' ' "

ADRIEN

Ah ! tant mieux! Merci, nion cher Stéphens. La vue de cette femme m'eût fait un mal affreux. Rentrer dans cé{te 'maison après quinze ans d'exil, et avoir sous les iyéux ce vivant reproche à la mémoire de mon pauvre père...

DANIEL

Elle est en mauvais état, la maison ; mais ce n'est pas moi qui étais chargé...

ADRIEN

Ah! Daniel!... Oui, je vous reconnais! (il l'embrasse et descend en scène avec lui. Stéphens remonte, puis descend à gauche.) Je

me suis toujours souvenu de votre attachement, Daniel ! C'est dans vos yeux que j'ai vu les seules larmes que mon départ ait fait couler ici. J'étais un enfant, on m'envoyait au collège, et je pressentais que je ne reverrais jamais mon père. Vous seul sembliez me regretter... ou me plaindre. Et depuis... Oh ! je sais tout, Daniel ! je sais que les petites sommes que je recevais chaque année, c'était la moitié de vos gages que vous mettiez de côté pour me l'envoyer. (Daniel paraît coatrarié et embarrassé.) Ne VOUS en défendez pas : mon père n'avait pas même un faible souvenir pour moi, et ce que vous m'avez avancé, c'était pour vous un sacrifice immense.

DANIEL, vivement.

Qui vous a dit... ? J'aurais voulu, j'aurais dû faire davantage, (a part, attendri et mécontent.) Diable!... diable!.., diable!... ça me gène...

STÉPHENS, à Adrien.

Voyons, mon ami, n'oubliez pas... (a Daniel en passant devant Adrien.) Daniel, répondez]! Vous devez savoir bien des choses. Dites sans crainte la vérité à votre maître. Qu'est devenu l'argent?

DANIEL, comme étourdi du coup.

L'argent?... Diable!... l'argent!...

ADRIEN

Eh ! mon Dieu ! à quoi bon l'interroger ? Il sait bien, comme tout le monde, qu'un capital réalisé en argent est destiné à disparaître, et que la fortune de mon père a dû passer dans les mains de Charlotte.

Il s'assied à gauche de la table, Daniel a remonté et reste au fond.

STÉPHENS.

N'y renoncez pas si vite. On peut être très-délicat et trèspositif. Si votre père vous a librement frustré pour enrichir une fille illégitime, je comprends que vous refusiez d'engager une lutte inutile peut-être, et scandaleuse à coup sûr;

mais, si son intention n'était pas de vous déshériter, et qu'on ail dérobé la somme...

Il se met à cheval sur une chaise, à droite et à quelque distance de la table.

ADRIEN, à Daniel. - Vous, Daniel, qui connaissez Charlotte, la savez-vous capable d'une pareille action ?

DANIEL, s'approchant.

Capable... oui! Mais on est capable de bien des choses qu'on ne fait pas... et on en fait qu'on n'était guère capable de faire.

STÉPHENS.

Est-il probable que M. Desvignes, après un si long attachement pour cette fille, se soit contenté de lui léguer une pension de cinq cents francs, qui n'est même pas réversible sur la tête de Lucie ?

DANIEL

' Non, mais... Charlotte a bien cherché; elle a fait démonter tous les meubles, lever les boiseries, les parquets... Elle n'a rien trouvé, pas moins. Elle pleure, elle jure qu'elle n'a que sa pension, qu'elle est dans la gêne... et c'est possible.

ADRIEN

Voilà qui est étrange ! Cette somme importante aurait donc été enfouie quelque part ?

DANIEL

Ou remise en dépôtà quelqu'un. Qui sait? Il faut attendre... Il faut voir. On vous a cru mort aux colonies. Peut-être aurait-on souhaité que vous ne revinssiez 'pas... Mais puisque vous voilà revenu!... Quand on ne s'attend pas... il y a deux minutes que vous êtes là...

Vous ne soupçonnez pas quelle peut être la personne...?

DANIEL, à Adrien.

Non... Et vous, monsieur?

ADRIEN

Moi, je suppose tout naturellement que la fille de Charlotte

est ou sera en possession de mes biens. C'est elle qui doit savoir à quoi s'en tenir là-dessus.

DANIEL, vivement.

Lucie ? Non ! Lucie ne sait rien ! (Lucie entre, tressaille et reste près de la porte, sans être vue d'Adrien.) Un! VOUS ne connaissez pas Lucie !

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