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SCÈNE III Les Mêmes, MARCASSE

MARCASSE, à la cantonade.

Reste là, Blaireau, et fais bonne garde !

EDMÉEj allant au-devant de Marcasse.

Marcasse?... Ah! peut-être a-t-il des nouvelles de mon père!

MARCASSE

Non. Je vous cherchais!

EDMÉE

' Moi? comment saviez-vous... ?

MARCASSE lui fait signe d'un air mystérieux et toujours avec une pantomime solennelle. Elle le suit à la droite du thcàtro, pendant que Patience et M. Aubcrt s approchent de Bernard vers la cheminée. Je sais tout! Je vous ai vue.

EDMÉE

OÙ donc?

MARCASSE

Là-bas... J'ai couru pour ai)poler la maréchaussée.

EDMÉE

C'était vous?

MARCASSE

Mais je n'ai pas dit... Une fille comme vous... La Roche- Mauprat!... Que croirait-on?

EDMÉE

Oui : mon honneur..., celui démon père!

MAUCASSE.

Un assassin... Jean Simonard était chez eux; j'ai dit: « Allez. » Je vous ai vus fuir, je vous suivais.

EI'MKE.

Oh! le cœur dévoué! je vous bénirai tous les jours de ma vie ! Aidez-moi à sauver ce jeune homme et à rejoindre...

PATIENCE, qui est monté à l'échelle.

Qu'est-ce qu'il y a donc? Le ciel est tout rouge, la forêt brûle... Mais non... Attendez! C'est la Roche-Mauprat!

BERNARD, bonùissanl.

Le feu à la Roche-Mauprat ?... Oli! c'est la défaite et l'outrage ! c'est le sceau du vàsselage sur l'écusson de la famille !... Honte à votre père, Edmée! honte à vous comme à moi si les Mauprat sont arrêtés et jugés, si leur château est pris et rasé!... J'irai!... Je ne peux pas laisser égorger mes oncles... Malgré tout le mal qu'ils m'ont fait, j'irai !... Adieu, adieu, vous autres!... Adieu, Edmée !... Il faut que j'y aille, je vous dis.

Il ouvre vivement la porte en repoussant ceux qui veulent l'en em[iècher.

SGÈiNE IV . - '

Les Mêmes, LÉONARD.

Au moment où Bernard ouvre la porte, Léonard s élance sur le seuil, mais en s'appuyant aux embrasures, chancelant, livide, la tète nuej les habits souillés et déchirés.

BERNARD

Léonard 1 ' - ^

LÉONARD, haletant et farouche, avec une expression de mépris. Ah! c'est vous? (Patience et Marcasse, craignant pour Edmée^

font le geste de la garantir.) Oh! ne craignez rien, vous a,utres. Je suis seul, sans armes, (il jette le manche et le tronçon d'un couteau

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dédiasse brisé dans sa main.) Et je Suis harassé... Criblé... Mais, tel que je suis, vous ne me livrerez pas vivant, je vous en réponds.

PATIENCE

Vous livrer? Non! Vous êtes chez moi, c'est sacré! Entrez, reposez-vous; on vous cachera s'il le faut. (Refermant la porte.) Ah! le malheureux ! il laisse une trace de sang derrière lui.

M. AUBERT

Secourons- le!

BERNARD, soutenant Léonard et le faisant asseoir. Dites-nous... Oh! Léonard, dans quel état vous êtes!

LÉONARD

Rien!... rien !... Laissez-moi reprendre haleine! Tout est perdu. Bernard! vous vous êtes sauvé... (Rej,'ardant Edmée.) Tant mieux pour vos amours! tant pis pour votre conscience!

BERNARD

Non! j'ai eu pitié d'une femme^ voilà tout; mais me voilà prêt... Je retournais là- bas... J'y cours!

LÉONARD, d'une voix entrecoupée.

Il est trop tard ! Tout est fini ! Tous mes frères sont morts ou prisonniers^ et la Roche- Mauprat est la proie des flammes. J'ai vu tomber à mes côtés Louis, Laurent et Antoine. Je soutenais le dernier assaut avec Gaucher, (ii se lève.) Entourés, perdus, abandonnés..., nous n'avons pas voulu nous rendre, nous avons sauté dans le fossé... Gaucher n'a pu le traverser... je l'ai vu disparaitre! Rage et malheur! quelle nuit!... Je me suis frayé un chemin à travers les balles; aucune ne m'a fait tomber, je ne sentais plus rien ! On m'a traqué jusqu'à cinq cents pas d'ici... Là, j'ai trompé ces limiers maudits; mais ils ne tarderont pas... Tenez! ils viennent! Une arme, Bernard!... une arme, vousautrcs! un épieu ! un bâton!...

EDMÉE

Non!... écoutez!... Cette fanfare... ce sont les gens de mon père! on me cherche, (a Léonard. ] On vous sauvera, mon*

sieur! Bernard, restez ici!... Monsieur Aubert, venez! (a Patience ei àMarcasse.) Mesamis, ne souffrez pas qu'ils s'éloignent, je réponds de les protéger!... »

M. ALBERT

Oui, oui, courons!

Il sort avec Edmce.

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