SCENE PREMIÈRE BERNARD, ÏOURNY, puis MARGASSE
Le métayer vient d'entrer le premier. Il porte un fagot et un bout de chandelle dans un vieux chandelier. 11 se retourne vers Bernard, qui le suit en costume d'officier de l'armée franco-américaine ; un manteau sur les épaules, les bottes ternies par le voyage, deux pistolets à la ceinture.
TOURNY
Si fait, si fait, monsieur Bernard, vous vous reposerez un si peu dans la chambre de maître. Vous devez être las, si vous venez comme ça d'Amérique, j'vas vous faire une flambée, c'est humide en tout temps ici. (Très-étonné.) Tiens, il y a du feu !...
BERNARD
Oh! cette chambre!...
TOURNY
Ah! dame, c'est tout ce qui reste de Tancien château, depuis la grande atfaire, le feu, le saccage! Mais la métairie est en bon état, vrai, des granges toutes neuves et un chep-
tel!... Ah! ra va mieux à la Roclie-Maupral que du temps de vos oncles !... Dieu leur fasse paix! (a part.) Ce feu..., c'est drôle, tout de même.
BKRNAUn.
C'est bon, maitre Toiirny ; ayez l'obligeance de me procurer un cheval tout de suite.
Vous aurez ga avant qu'il soit un petit quart d'heure. Ma propre vraie jument! On court la chercher au pacage.
BERNARD
Bien, bien! Parlez-moi de SaltUe- Sévère. Vous dites quo mon oncle...?
TOL'RNY.
Ah! ma fine, M. le chevalier a passé la septantaine; mais ça ne l'empêche pas d'être encore vert, oui-da ! 11 se promène de temps en temps dans sa voiture, avec la denioiselle, flu côté de par ici, d'aulant mieux qu'ils ont fait arranger la roule; ce qui est bien agréable à leurs bêles et aux noires.
liKrj.XAIlD.
Ah! ils viennent par ici?
Pas souvent! à ce qui jjai'ail que la demoiselle ne s'y plaît point; mais, tout de même, elle y est venue, [)as plus lard que la semaine [lassée, et je m'imaginais bien qu'elle y viendrait encore aujouid'hui.
BERNARD
Aujourd'hui?...
TOURNV.
Oui, parct qu'on disait comme ça qu'ils s'en allaient en visite chez la dame de Rochemaure, et je me disais, moi, qu'en révenant, coiniue elle sait que ma mère est malade, et qu'elle est grandement charitable... .Mais \oilà la nuit, et ils doivent être retournés à Sainle-Sé\ère, par le chemin de la tour Gazeau.
UKUNAUI), à part.
J'aurais pu la trou\er ici... Ici! non! ce n'est pas ici que je veux la revoir I
MARCASSE, qui ost cnlir (mi habit mililairc, une valiso à la main, un raanloau- sous li' bras, Laissant la voix et inonlraiil à Toiirny Bernard qui est rêveur.
Allons, voyons, mon ami! mon capitaine, très-pressé d'arriver à Sainte-Sévère, et l)ien las... vous voyez?
TOURiNY.
M'est avis c|u il ost à jeun ; mais il m'a refusé !
MARCASSE
C'est égal, apportez toujours...
TOURNY
J'y vas vilement. (Reconnaissant Marcassu, qui se déliarrase de son
cliapcau.)' Ah !... mordi! je suis content de vous voir, monsieur le sergent! Vieux preneux de fouines, va !...