‹ Théâtre completChapitre 56 sur 146 · SCÈNE YI · texte numérisé non relu

SCÈNE YI

Les Mêmes, M. DE LA MARCHE, le Lieutenant

CRIMINEL, TOURNY, Gendarmes, Paysans,

Ouvriers, etc., puis JEAN DE MAUPRAT.

M. DE LA MARCHE, entrant le premier, au chevalier. Quoi! il esl encore ici?

LE CHEVALIER

Nous refusons!

M. DE LA MARCHE, bas.

Tant pis, monsieur; car, maintenant, je ne peux plus rien pour vous... (Haut.) Et voici le lieutenant criminel...

LE LIEUTENANT CRIMINEL

Je suis forcé de mettre fin à ces inutiles recherches.

EDMÉE

0 mon Dieu !

PATIENCE

Un moment, par grâce! Tout n'est pas dit comme ça : c'est ici que j'ai entendu une voix qui semblait gémir dans les airs, et cette maudite tour-là, on n'a pas su y grimper !

LE LIEUTENANT CRIMINEL

A quoi bon? On l'a examinée avec soin... MARCASSE, sur la plate-forme.

Et pourtant dans l'épaisseur des murs!... Tout est cerné, mais où git la taupe, elle se tient coi! Cette brèche... làbas!

LE LIEUTENANT CRIMINEL

Elle est inabordable. EfTrondrée, lézardée par le feu, cette ruine eflraye les plus hardis.

MARCASSE , montrant la poutre.

Alors, par là!

11 monte à la plate-forme.

PATIENCE, s'clançant auprès do lui sur la plate-forme.

Qu'est-ce que lu veux faire? passer là-dessus? Es-tu fou?

c'est l)rùlé ! c'est un charbon qui ne te portera |)as; et il y a loin d'ici au pavé de la cour!

BERNAKD.

Arrête, ami : te hasarder au-dessus de cet abîme! j'irai plutôt mui-même.

Les gardiens le rclieniient.

MARCASSE, s'appi'êtanl à passer.

Non^ vous ne sauriez! mon ancien état!

TOURNy, s'agitant avec effroi.

Non! n'y allez pas!... écoutez!... Sainte Vierge! c'est un homme mort !

Aiarcasse embrasse Palience et met le pie^ sur la poulie. BERNARD, s'écriant.

Marcasse, je VOUS défends...

MARCASSE, sur la poutre.

Trop tard! ne parlez pas!... (Un silence d'anxiété. Edmée tombe à genoux et cache sa figure dans ses mains pour ne pas voir. Marcasse est au milieu du trajet.) Tres-SOlide !... (Un coup de feu part de la brèche de la tour sans qu'on y voie paraître personne.) Ah ! oui-da?

BERNARD

Blessé!...

MARCASSE, élevant son chapeau.

Pas touché.

Il traverse résolument le reste de la poutre et monte sur les marchei

interrompues qui sont en saillie sur le flanc de la tour.

PATIENCE

Sauvé!

Jean de Maiiprat, livide, exténué, en baillons, saisi et' poussé par

Marcasse, paraît sur le palier des marches qui avaccent

dans le vide.

JEAN

Arrière, vilains I vous ne m'aurez pas vivant! Je succombe aux horreurs de la faim... Ce misérable Tourny! TOURNY, aux autres.

>Ia foi, oui! j'avais juré à ma mère... J'ai pas voulu le

livrer... je l'ai laissé là! A présent (prcnnnt la pioche dans la

main d'un dos ouvriers), venez, VOUS autres! je VHS VOUS montrer le chemin.

M. DE LA MARCHE, aux soldats, montrant Tonrny qui sort par le fond, à gauche.

Suivez cet homme, qu'on se hâte! Il faut que le coupable avoue...

MAUCASSE, sur le palier, montrant .Tcan affaissé et denii-couchô sur les marches.

Il se meurt!

JEAN, sans se relever, mais se penchant vers les autres personnages, avec un reste d'énergie fiévreuse, les mains appuyées sur les dalles et montrant parfois le poing.

Oui... je meurs, mais je parlerai! Oui, c'est moi, Edmée de Mauprat, qui avais juré ta perte pour me venger des heureux de ma famille ! Tu triomphes, toi, Bernard ! tu l'emportes! sois maudit! et avec toi le ciel elles hommes! (Mareasse

([uilte la platc-forrae avec un geste de dégoût. Jean retombe épuisé ;

des soldats paraissent à la brèche.

LE CHEVALIER

Que le souflle du Seigneur emporte ces vains blasphèmes!

BERNARD

Avec la fatalité qui pesait sur nous.

Mareasse reparaît au fond du théâtre. Patience s élance dans ses bras.

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